Cauchemar
by Henry le Barde • 14 février 2013 • Dans la presse déchaînée • 1 Comment
A quoi songe un directeur de la rédaction de Libération ? Drôle de métier, au XXIe siècle. Vivre dans un microcosme, une bulle, en croyant exercer un pouvoir médiatique grassement subventionné dont tout le monde considère, au XXIe siècle, qu’il reste une exception surannée dans la galaxie des formes que prend désormais l’opinion publique. A quoi songe un directeur de la rédaction de Libération, dans ses tournures de langage si bizarres et son journal fondé spécialement pour permettre à la génération précédente de justifier encore et toujours ses idées, parlant couramment les normes comptables mais écrivant encore couramment le bon gauchiste d’antan pour continuer – ridiculement – à faire vivre l’autre temps ? Proposant, paraît-il, à ses lecteurs des abonnements sur iPad (des iPads !) tout en dénonçant la misère du monde de ses mains de Normalien choyé par la République ? Personne ne saura jamais si Nicolas Demorand a cédé à la fatigue intellectuelle ou morale. Si le corps mesure désormais trop chichement la puissance nécessaire à la tâche. Ou si c’est la conscience qui n’y croit plus, déchirée par la mort inéluctable d’un monde idéologique que réalise peut-être aussi un journaliste français, fût-il éditorialiste à Libé. Le long déclin de son journal, brisé par la vieillesse de son lectorat et la maladie de ses idées, donne une image concrète du chemin de croix et de la volonté, incompréhensible au commun des mortels, de souffrir jusqu’au bout pour la « cause ». L’aura qui l’entoure encore, lui qui restera peut-être comme le dernier directeur de la rédaction de Libération, provient de la puissance métaphysique du souvenir d’un monde soixante-huitard aujourd’hui révolu. Mais il met aussi longtemps à mourir, plusieurs années, grâce aux subsides d’un Etat qui, pourtant, n’en peut plus. Une mort au-delà de l’espérance proprement humaine d’une société utopique enfin délivrée de la réalité d’un monde terriblement humain et longtemps nié. Une mort qui dit que Libération n’aime peut-être pas autant que ça la vie, au point de se battre pour prolonger encore un peu le rêve pourtant devenu cauchemar, en traversant ce combat qu’est, au sens premier, étymologique, l’agonie. Intellectuelle, morale réunies aujourd’hui dans cette «fatigue d’être soi» qu’est le beau nom donné par Alain Ehrenberg à la dépression. Qui n’épargne plus les directeurs de la rédaction de Libération, humains trop humains : dépassés.
Libération mourra bien avant l’Osservatore romano !
nicolas(Citer ce commentaire) (Répondre)