• Enseignement libre, mais pas trop

    by  • 2 janvier 2013 • Débats en vrille • 3 Comments

    Tremble, petit Enseignement catholique, le CEDRE est derrière toi ! Le CEDRE ? Le CEDRE. Non pas une organisation mafieuse visant à la domination du monde par irradiation des réserves d’or de Fort Knox ou le vol de missiles de l’OTAN, mais un groupuscule chti de gauche visant à émanciper les jeunes par l’école. Par émancipation, nos petits amis entendent transmission fidèle par l’Etat de sa lecture toute personnelle des principes républicains : laïcité, égalitarisme et solidarité.

    Le contexte est limpide : l’école privée sous contrat, rappelle le Numéro 1 du CEDRE, M. Caremelle, au prix d’un long et fastidieux rappel historique, ne saurait donc plus être différenciée de l’école publique que par l’administration – hors des heures ouvrables – de quelques notions de catéchisme. Son existence est tolérée, non pas en raison d’un quelconque respect de la liberté de conscience, inexistant chez les suppôts du Bien, mais du déficit de ressources de l’école publique :

    « De la même façon, le besoin scolaire reconnu - environ 17% des effectifs d’élèves sont scolarisés dans l’enseignement privé sous contrat - justifie la prise en charge des dépenses de fonctionnement des établissements d’élèves qui auraient pu, ou dû, être accueillis dans les écoles publiques. »

    Sans doute apôtre d’une école à l’ancienne, où le savoir venait d’en-haut, M. Caremelle dénonce en étranglant son chat blanc la lettre d’Eric de Labarre, Secrétaire général de l’Enseignement catholique, appelant les directeurs d’établissement à prendre des initiatives « pour permettre à chacun l’exercice d’une liberté éclairée à l’égard des choix aujourd’hui envisagés par les pouvoirs publics ». Et ceci, « en veillant à l’unité des communautés éducatives ».

    Diantre, un débat. Permettre aux jeunes de se forger une opinion qui risquerait de diverger de celle de l’Etat quand celui-ci, grâce à des petits films sur des poissons-lunes, n’a pu mettre le paquet comme espéré.

    La pédagogie moderne, qui vise à faire de l’apprenant le centre de l’école, au détriment des savoirs, encourage pourtant le « jeune » à se forger ses connaissances, ses compétences et ses opinions par lui-même, par l’expérience. Les tables de multiplication ne doivent plus être ingurgitées par cœur, mais appréhendées en jonglant avec des billes, les lettres de l’alphabet se déchiffrer à la manière d’un Champollion et la pesanteur s’éprouver à base de lâcher de souris. En revanche, il y a des principes qui ne se discutent pas et pour lequel il serait inconvenant que l’apprenti citoyen apprenne à exercer son esprit critique. Caremelle rappelle d’ailleurs que la loi, « une des promesses de campagne de François Hollande, [répond] sur ce sujet à une évolution de la société, de ses mentalités mais aussi à un besoin clair d’égalité. » Fermez le ban.

    Bref, on voit une fois encore le profond amour de nos chantres de la République pour toutes ces images d’Epinal qu’ils évoquent pourtant à n’en plus finir : l’amour de la « chose publique », les débats à l’agora

    Elles ont à peu près autant de valeur qu’un contrat de footballeur signé avec le club de son cœur, autant de pérennité qu’une mesure fiscale, autant de cohérence qu’un programme de campagne.

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    avait tout pour devenir un authentique réactionnaire : il n’aime pas beaucoup son époque, craint les dictatures modernes, celles de l’argent, du peuple, de l’opinion et du progrès. Seulement Henry le Barde est catholique. Il pense donc qu’il est de son devoir de chrétien de contribuer à l’avènement d’un monde meilleur, libérateur et respectueux de la création du 6e jour : l’homme. Il regrette que le beau mot de libéralisme soit cantonné par ses thuriféraires comme par ses contempteurs aux baisses d’impôt, à la course éternelle au profit sans limite et à une construction européenne privée de ses racines. Il préfère, avec (et surtout après) Bernanos, s’interroger : « La liberté, pour quoi faire ? »

    3 Responses to Enseignement libre, mais pas trop

    1. 3 janvier 2013 at 11 h 51 min

      Tout est dit lorsque l’on ne considère l’enseignement privé sous contrat que comme une force d’appoint et non comme une légitime alternative à l’enseignement public. C’est pour cela que Caremelle parle de « coloration cultuelle » comme d’un bout de gras lancé aux catholiques…

      Il s’enflamme tout de même beaucoup pour peu de choses : Éric de Labarre a dû recevoir des questions sur la façon d’aborder le débat actuel qui, compte tenu de la forte implication de l’Église, touche particulièrement les catholiques. Il est normal qu’il suggère des voies pour y répondre (bien que celles-ci soient très vagues).

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    2. 14 janvier 2013 at 19 h 17 min

      Excellent article, clair et bien structuré.

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    3. 16 mai 2013 at 16 h 00 min

      Très bon article. Je vous rejoins totalement dans votre vision du système éducatif et de la manière dont elle devrait s’appliquer.

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