• Vers une retraite en rase campagne

    by  • 20 décembre 2012 • Ca va péter, Dans le kolkhoze • 1 Comment

    Les socialistes poursuivent les buts que les communistes (les vrais, pas les figurines animées qu’on trouve encore en France) à ceci près qu’ils comptent sur les vertus douces de la démocratie pour arriver à leurs fins. Quand les seconds collectivisaient les terres et envoyaient les récalcitrants en cure sibérienne, les premiers accentuent progressivement les mécanismes de la spoliation, nationalisent le plus de secteurs possibles1, réglementent les autres et, quand un bourgeois a l’outrecuidance de protester avec son jet privé, ils lui assènent une leçon de morale en réquisitionnant l’immense talent d’artistes fonctionnaires (aux répliques collectors : « faire de ce pays un territoire (…) où l’on peut faire des films et monter des spectacles grâce à des subventions obtenues en prélevant l’impôt… »).

    Tu vas payer sale traître à la patrie !

    Tu vas payer sale traître à la patrie !

    Seulement voilà, j’ai eu la joie2 d’entendre ce matin à la radio que les retraites, ce merveilleux système de solidarité coercitive sauvé maintes fois par Fillon sous Chirac puis sous Sarkozy à l’aide de puissants patches correctifs dignes de Windows Millenium, arrivaient (une fois encore) au bout du rouleau. Comme il est exclu de s’interroger un jour sur la réelle pertinence du système, puisqu’en France l’efficacité économique compte moins que les alibis moraux exigences morales qui cimentent notre vivre-ensemble (en novlangue, cela signifie généralement vivre au dépens les uns des autres et sans poser trop de questions gênantes), on imagine déjà les bureaucrates de Bercy plancher sur toute une série de mesurettes incompréhensibles qui n’en mettront pas moins tout ce que la France compte de cheminots, contrôleurs et instituteurs dans la rue, destinées à maintenir le système en soins palliatifs jusqu’à la prochaine législature. Avec un peu de chance, l’alternance aura joué (si la droite veut y mettre du sien, ce qui n’est pas gagné). Avec un sens consommé de la théâtralité la plus emphatique, dernier reliquat de notre tradition politique mais qui tient désormais plus de Guignol que de Coquelin, la gauche se pâmera néanmoins devant ses réformes courageuses mises en œuvre pour rattraper tout ce retard pris par la droite-qui-nous-a-légué-cette-situation-catastrophique. Mais nous aurons sauvé pour 5 ans ce système que le monde nous envie depuis la Libération.

    Qui sait, ce gouvernement, si prompt à porter l’égalité au pinacle de ses préoccupations, pourrait invoquer ce principe pour aligner tout le monde sur le même système, fonctionnaires et salariés relevant du régime général, professeurs du public et du privé, etc. Bref, se rappeler que la recherche d’égalité n’est pas incompatible avec le courage politique et parier sur l’intelligence du corps électoral qui saura comprendre et accepter, par-delà les réticences de tel ou tel corps syndiqué, les sacrifices demandés pourvu qu’ils soient justes.

    Peut-être même, si le courage politique et la cohérence des réformes menées étaient un jour à la hauteur des efforts demandés quotidiennement aux Français, les plus mobiles d’entre eux cesseraient-ils de s’imposer un exil dont beaucoup se passeraient à coup sûr.

    Pour cela, il ne faudra écouter ni les syndicats, ni la presse. Juste tendre un peu l’oreille pour écouter le murmure du pays réel.

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    1. La France croit tellement en l’économie de marché que TOUS les secteurs importants sont gérés par l’Etat. []
    2. Appartenant à une génération qui a toujours anticipé et intégré qu’elle n’aurait pas de retraite, je peux regarder cela d’un œil un tantinet goguenard. []

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    avait tout pour devenir un authentique réactionnaire : il n’aime pas beaucoup son époque, craint les dictatures modernes, celles de l’argent, du peuple, de l’opinion et du progrès. Seulement Henry le Barde est catholique. Il pense donc qu’il est de son devoir de chrétien de contribuer à l’avènement d’un monde meilleur, libérateur et respectueux de la création du 6e jour : l’homme. Il regrette que le beau mot de libéralisme soit cantonné par ses thuriféraires comme par ses contempteurs aux baisses d’impôt, à la course éternelle au profit sans limite et à une construction européenne privée de ses racines. Il préfère, avec (et surtout après) Bernanos, s’interroger : « La liberté, pour quoi faire ? »

    One Response to Vers une retraite en rase campagne

    1. 20 décembre 2012 at 15 h 55 min

      Ohlala, en effet, l’ami Torreton nous a gratifié de la réplique artistique de l’année 2012, juste à temps. Son cas est plus grave que je ne le croyais.

      Le PS va donc s’exonérer d’une réforme des retraites, lui qui l’avait déjà repoussée sous Jospin tout en brûlant allègrement les fruits de la croissance en emplois jeunes et reuteuteuh ?… Ils devraient prendre Torreton comme chef de l’opposition dès leur éjection du pouvoir : le bougre sait y faire en matière de pâmoison…

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