Sondage LTDP : 90% des sondages sont inutiles
by Henry le Barde • 29 novembre 2012 • Débats en vrille • 7 Comments
Dans la série des sondages profondément débiles qui illustrent mieux que tout la paupérisation intellectuelle de ceux qui s’échinent à nous fournir toujours plus d’informations à la seconde, je suis tombé sur un titre des Échos :
« La crise à l’UMP profite avant tout au FN »
On se dit qu’une étude sociologique a dû être menée pour arriver à une telle conclusion. Du genre un baromètre de satisfaction des différents partis avec recherche et analyse des causes, etc. Que nenni. Le chapô l’indique rapidement sans ambages :
« Un sondage réalisé par CSA pour BFMTV montre que 38 % des Français estiment que c’est le parti de Marine le Pen qui profite de la crise de l’UMP. »
Que… que… qui. Passons.
Même si, Kant ou Popper ayant postulé que l’objectivité étant difficilement atteignable, on devait se contenter d’intersubjectivité, on reste dubitatif quant au raccourci effectué. Suffit-il qu’une majorité (relative) de Français pense que la crise profite au FN pour que ce soit vrai ? Peut-on confondre cette question (qui demande aux Français de se mettre à la place des autres, souvent en prenant le peuple pour plus bête que soi-même) avec « Sympathisant UMP, vers quel parti risquez-vous de vous tourner désormais ? ».
Avec le battage médiatique fait autour du FN depuis des années, entretenant la peur du ventre encore fécond, il est évident que beaucoup penseront que « le peuple » (dont on ne fait bien entendu jamais partie) va se jeter dans la gueule de la bête immonde. Il est même à parier que beaucoup parmi les 38 % ne sont justement pas des sympathisants de la droite dure. C’est souvent la gauche qui aime se faire peur sur le sujet.
On peut aller très loin d’ailleurs. A quand un sondage : « Que pensez-vous que donnerait un sondage qui demanderait aux Français à qui profite la crise à l’UMP ? »
A la place, je propose une enquête journalistique de fond. Un truc à valeur ajoutée du genre « Que pense Twitter de la crise à l’UMP », avec l’encapsulation dans le corps de l’article de 5 tweets de comptes que suit déjà le journaliste. Les Échos le font trop rarement, ils devraient s’inspirer du Monde.
Et si un jour un sondeur vous demande : « A votre avis, à qui profite la crise ? », répondez-lui : « J’en sais rien, c’est justement ton job de nous l’apprendre. »
90% C’est le résultat d’un sondage ? Parce qu’il n’y a que ça de vrai… Il n’y a pas de vérité, il n’y a que des opinions. De toute façon, tout le monde veut la montée du FN : la droite pour s’en faire un allié à force de le banaliser ; la gauche parce qu’elle pense que cela nuit à la droite. Bref, c’est un sondage prophétique autoréalisateur…
nicolas(Citer ce commentaire) (Répondre)
« A la place, je propose une enquête journalistique de fond. Un truc à valeur ajoutée du genre « Que pense Twitter de la crise à l’UMP », avec l’encapsulation dans le corps de l’article de 5 tweets de comptes que suit déjà le journaliste. Les Échos le font trop rarement, ils devraient s’inspirer du Monde. »
Cher Barde, tu es d’une cruauté rare ce matin.
Hohenfels(Citer ce commentaire) (Répondre)
C’est bon ça ! Je sais, je l’ai déjà dit, mais je t’aime
Merci pour ce sourire.
Pneumatis(Citer ce commentaire) (Répondre)
nicolas,
Je ne suis pas sûr que toute la droite cherche à en faire un allié banalisé… En tous cas, tant que je serai de droite, tu auras toujours une exception vivante
Hohenfels,
Je ne dis pas que c’est juste. Je dis juste que ça soulage…
Pneumatis,
Moi aussi, tu le sais
Henry le Barde(Citer ce commentaire) (Répondre)
Hohenfels(Citer ce commentaire) (Répondre)
De tout temps les leaders politiques ont eu besoin de prédiction :
- des astrologues et autres devins, dans un temps lointain,
- des sondages pour se rassurer (Sarko y dépensait des fortunes).
Mais les sondages produisent le « double effet » (KissCool) :
- ils rassurent dès lors que les donneurs d’ordre y croient,
- ils ont fonction à « former » les sondés (et plus généralement le public) en ce sens qu’il dit à chacun ce qu’est supposé penser l’autre-soi-même
L’exemple donné ici pose une question fondamentale : « pensez-vous que le comportement étrange de l’UMP peut concourir à nourrir la ‘bête immonde’ ? » ce qui donne des résultats significatif sur le sentiment des masses en terme de clivage D/G, (divorce artificiel) … mais qu’il faut tout de même cultiver car c’est la garantie du maintien d’une politique économique invariable. Suis-je clair ?
René de Sévérac(Citer ce commentaire) (Répondre)
Pas plutôt je clique sur « Soumettre ce commentaire », me parvient une alerte figaro :
‘L’idée d’un « revote » pour élire un président de l’UMP incontestable fait son chemin à droite. Selon un sondage OpinionWay pour Le Figaro/LCI, 80 % des sympathisants UMP sont favorables à l’organisation d’un nouveau vote auprès des militants, contre 20 % qui y sont opposés. Le rapport est identique si l’on prend en compte l’ensemble des Français (78% pour, 20 % contre et 2% ne se prononcent pas). »
Lumineux, l’opinion des « sympathisants UMP » est identique à celle de « l’ensemble des Français ».
Sur un sujet dont tout le monde se fout. Seuls 2% des Français répondent « je m’en fous » :
dans une population où chacun est « bac+n », cela est inquiétant !
René de Sévérac(Citer ce commentaire) (Répondre)