Call of duty, l’ultime combat
by Henry le Barde • 25 octobre 2012 • Je parle pas aux cons, ça les instruit • 1 Comment
Certains se distinguent par de vrais combats. Des causes auxquelles chacun pense en se levant le matin, en se rasant ou en s’épilant. Des utopies qui libéreront l’humanité plus efficacement que n’importe quelle révolution d’Octobre. Des engagements qui en disent long sur le taux d’occupation de certains Français. Et sur la nature des problèmes auxquels ils doivent faire face au quotidien.
Le genre est un concept assez moyennement partagé, au motif peut-être qu’il agrège des postulats évidents, des hypothèses innovantes avec de bonnes grosses déconnades. Les défenseurs du genre trouvent sans doute leur combat idéologique tellement facile que, très sportivement, ils se lestent de handicaps en publiant des tribunes telles que celle-ci. (Qu’on ne se méprenne pas. Le genre, je n’ai rien contre. Il y a des choses très pertinentes et le simple fait que le gender marketing existe est un indice de la validité du concept. Quand on fait du marketing, on veut s’appuyer sur du concept qui marche, on n’agit pas par croisade. Le débat ne se situe donc pas entre super-moderne et affreux-obscurantiste.)
Ainsi, Libération publie une petite tribune sur un combat essentiel mené par le collectif la Barbe et susceptible de reléguer la guerre des sexes à la Préhistoire et d’instaurer l’égalité ultime : le mélange des genres.
En gros, pour faire sauter ce verrou, il faut supprimer le 1 et le 2 qui désignent notre sexe biologique à la naissance. Quel 1 et 2 ? Celui de la Sécu, pardi !
L’attribution des chiffres 1 ou 2 dans le numéro de la Sécurité sociale impose, dès la naissance, une hiérarchie explicite : en tête, le masculin, en éternel second, le féminin.
Outre l’abominable classement qu’il révèle (que mesdames se consolent, je pleure chaque jour en me rappelant que Femme arrive devant Homme dans le dictionnaire : les lettres sont aussi féministes que les chiffres machistes), il plaque sur le pauvre bébé qui n’a rien demandé une identité définitive. Un zizi, t’es 1. Pas de zizi, 2. A la réflexion, on devrait désigner 1 et 0, mais le 0, même s’il vient avant le 1, semblerait aussi péjoratif que le 2. Imaginez un peu la violence de l’acte : le bébé n’a pas eu le temps de choisir son genre ! Quid des 1 qui voudront devenir des 2 ?
… un outil de classification à la fois, suspect dans sa volonté de nous identifier à tout prix comme «appartenant à», et stigmatisant dans sa façon de nous définir selon des critères binaires et hiérarchiques
Le problème, c’est que ce petit numéro auquel personne ne pense est le petit malware qui tourne dans le logiciel de la société et la rend telle qu’elle est.
En transformant l’unité familiale, avec l’homme comme chef de famille, en produit statistique, l’Insee installe durablement dans notre ADN un «signifiant sexué» qui calcifie aujourd’hui encore notre modèle social.
Le complot serait d’ailleurs ourdi par les ronds-de-cuir de l’État civil, qu’on n’aurait pas soupçonnés aussi brillamment pervers.
A travers ces qualifiants, une histoire de domination a bien été organisée et officialisée par l’état civil. Une histoire à lecture unique qui rend non seulement irréaliste, mais souvent inimaginable, la possibilité pour les unes, comme pour les autres, de se projeter ailleurs que dans des rôles assignés.
L’article rappelle une solution déjà mise en œuvre : imaginer un 3 pour les solutions transitoires. Ceux qui se demandent un peu dans quel état ils errent. Un peu comme une case Ne se prononce pas après Homme et Femme. Mais l’auteur va encore plus loin (c’est le propre de ces gens-là d’aller toujours plus loin en saucissonnant soigneusement leurs revendications) en concluant magnifiquement, plaquant sans doute les tourments de l’auteur sur l’humanité entière, que nous sommes tous des 3. Et qu’il faut abroger ce chiffre maléfique.
Nos identités dépassent pourtant largement ces deux catégories et ne sont conditionnées à notre sexe, que par des habitus, voire des diktats dont il s’agit de se débarrasser urgemment.
Notez que les questions autour de son propre genre ne concernant pas que ceux qui demandent à changer de sexe, hein. Afin de ne stigmatiser personne, sachez que ça concerne tout le monde. Ça peut vous frapper, vous, moi, comme la foudre. Moi qui pensais naïvement que le genre était une théorie pertinente pour expliquer la dimension essentiellement culturelle de tel ou tel féminin ou masculin, j’étais loin du compte. Nous sommes tous susceptibles de changer de 1 en 2, ou de 2 en 1. Peut-être cela constituera-t-il même un devoir moral et citoyen. Ainsi :
En ce sens, nous sommes toutes et tous des 3.
Prochain combat. Supprimer le reste du numéro : il désigne le mois et l’année de naissance – pour l’instant immuable et indépendant du bon vouloir de chacun, mais méfions-nous – mais surtout le département de naissance. Outre ceux qui ont déménagé, pense-t-on à la violence infligée à un Parisien bobo dont chaque passage chez le médecin ou le pharmacien lui rappellera, par le biais de sa carte vitale, qu’il est né dans le Loir-et-Cher ?
Et bim, prends ça ! j’adore ton article.
Cependant une remarque sur ton argument à propos de la pertinence des études du genre : tu dis que les sommes dépensées dans le gender marketing en sont la preuve. Je peux te dire que j’ai vu quantités d’entreprises investir en masse dans des projets fumeux et non-rationnels. A une échelle encore plus grande, chaque bulle boursière est un exemple d’investissement foireux…
aquinus(Citer ce commentaire) (Répondre)