• Mariage et adoption : quand l’Etat en profite pour étendre sa main-mise sur la société

    by  • 11 septembre 2012 • Dans le kolkhoze • 4 Comments

    Nous y sommes. La première bataille homérique du quinquennat a débuté. Dans quelques mois, nous serons abreuvés de pétitions, manifestations, sites événementiels, pages Facebook pour et contre cette arlésienne de ce début de millénaire : le mariage entre homosexuels et son corollaire, l’adoption d’un enfant par deux personnes du même sexe.

    « Au nom d’une exigence d’égalité », avance madame Taubira, jamais en retard d’un combat pour combler les fossés que l’homme blanc et chrétien a creusé tout autour de lui.

    Personnellement, ce que font les hommes et les femmes dans leur lit m’importe peu (en fait, pas du tout). Je ne me risquerai même pas à pourfendre les pratiques homosexuelles au nom de je ne sais quelle morale, ne pouvant même pas arborer en guise de brise-lame le fameux : « J’ai un ami homosexuel ». Je n’en tire ni honte ni fierté. Je n’ai pas non plus d’ami chinois ni encore moins auvergnat ; on ne peut pas tout avoir.

    Tout d’abord, un point concernant l’accusation faite par des catholiques (ceux qui adoptent une posture parfois un poil « réactionnaire ») à l’encontre du libéralisme qui aurait engendré une telle situation. Je répondrai deux choses, qui ne seront peut-être pas totalement partagées, mais qui permettent de renouveler l’approche classique. Non, de mon point de vue, le mariage n’est pas « naturel », je m’en suis déjà expliqué ici. Je le défends justement parce qu’il est culturel (et, au pire, je me ferai une raison, comme ici).

    D’aucuns penseront que parce qu’il est culturel, il est plus fragile, puisqu’il suffit de changer de culture pour le mettre à mal. D’où le recours à une « nature » bien solide (mais pas reconnue pour autant). Je soutiens, pour ma part, qu’il existe une grande différence entre une culture née d’une société ouverte et celle issue d’une société constructiviste, où le politique (enfin surtout l’Etat, et particulièrement l’Etat tiraillé entre experts et lobbies), se charge de la définir et de la promouvoir.

    Ceci posé, une question pourtant demeure non résolue (car non posée) : quel avantage objectif l’Etat, pour lui-même ou pour la société, compte-t-il tirer du fait d’élargir le mariage ? Je parle en termes d’avantage général, collectif. On me rétorquera que la société ne s’en portera pas plus mal pour autant et que, si elle n’a certes rien à gagner, elle n’a rien à perdre. C’est peut-être vrai – en tous cas rien ne peut être prouvé, puisque les valeurs ne signifient plus rien et que seules comptent les « études ». En ce sens le mariage tel que nous le connaissons pourrait n’être qu’un épisode de l’humanité, qui sera vu dans des siècles comme une curieuse habitude de nos prédécesseurs d’accorder leurs mœurs culturelles à leurs potentialités biologiques. A ce moment, les enfants seront sans doute produits et couvés en batterie chez Amazon ou Samsung, alors notre outillage biologique aura à peu près autant d’utilité que les dents de sagesse, les poils sur les bras ou le coccyx.

    Pour l’heure, je trouve juste curieux que les mêmes qui poussent des cris d’orfraie à l’idée de voir se généraliser les OGM ou construire des centrales nucléaires oublier le sacro-saint principe de précaution concernant la possibilité de sélectionner des enfants qui n’auront pas de père ou pas de mère.

    On me dira que certains enfants élevés par des hétérosexuels ne seront pas mieux lotis : ceux-ci regardent Gulli dès 7 heures du matin, ceux-là mangent n’importe quoi et sont obèses à 3 ans, d’autres reçoivent des torgnoles régulières de parents qui compensent leur absence de maîtrise de soi par leur masse musculaire, d’autres encore ont une mère et des pères passagers. Sans parler de ces enfants de CSP++ qui adressent leur premier « maman » à leur nourrice.

    Bref, les accidents de la vie n’épargnent pas les enfants d’hétérosexuels et bien malin qui pourrait dresser un comparatif objectif entre les chances respectives des enfants en fonction des modèles familiaux.

    Il n’empêche que la filiation, jusque là, n’était pas organisée par l’Etat. Celui-ci réparait les accidents de la vie, mais respectait peu ou prou, non pas la « nature », mais la capacité des hommes et des femmes à créer et gérer eux-mêmes leur descendance. Nous sommes face à un changement majeur et, même si Mme Taubira se défend dans son entretien à la Croix de vouloir insérer dans le projet de loi qui sera débattu en conseil des ministres le recours à la science pour combattre les dernières « inégalités » en termes de capacité de procréation, il serait naïf de penser qu’on en restera là. Sur le chemin de l’égalité, l’Etat ne saurait plus connaître de limite.

    En parlant d’égalité, l’Etat aura d’ailleurs fort à faire les années à venir. Dans les procédures d’attribution des enfants, pour commencer. Ne doutons pas que les chiffres seront décortiqués par les différents partis. Quel principe d’égalité sera retenu ? Une répartition à part égale entre types de demandeurs (50% d’enfants chez les hétéros, 50% chez les homos ?) ? Une répartition en fonction du volume de demandeurs ? En fonction du taux putatif de couples homosexuels dans la société ?

    Ensuite, ne doutons pas un seul instant que les enfants issus de modèles familiaux – et leur famille – ne se sentiront pas toujours aussi égaux1 que ça (c’est le propre de toutes les minorités), que beaucoup récrimineront contre les regards de travers ou en coin de professeurs, de parents d’élèves et que des plaintes pour injure en cours de récréation s’accumuleront sur les bureaux des procureurs. Bref, que l’Etat déploiera tout un joli arsenal alliant sensibilisation (ce qu’on appelle la propagande) et répression pour imposer à cette vieille garce de société rétive les exigences catégorielles de telle ou telle minorité. Des associations, des agences de communication, des artistes et des juges seront mobilisés en pagaille (nos impôts ne sont pas près de baisser) pour accoucher de l’homme nouveau qui aura enfin compris, contrairement à ce salopard de Winston Smith, que les différences n’existent que dans sa tête.

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    1. Je vous livre la conclusion du billet cité en lien : « En matière de droits sociaux nouveaux, il faut toujours s’attacher aux vrais débiteurs, c’est-à-dire s’assurer que les gens, à qui l’on demande d’assumer réellement la charge des nouveaux droits d’autrui, ne souffriront pas injustement. Ce sera la dernière leçon de cette histoire, toute libérale, et curieusement, toute humaine. » []

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    avait tout pour devenir un authentique réactionnaire : il n’aime pas beaucoup son époque, craint les dictatures modernes, celles de l’argent, du peuple, de l’opinion et du progrès. Seulement Henry le Barde est catholique. Il pense donc qu’il est de son devoir de chrétien de contribuer à l’avènement d’un monde meilleur, libérateur et respectueux de la création du 6e jour : l’homme. Il regrette que le beau mot de libéralisme soit cantonné par ses thuriféraires comme par ses contempteurs aux baisses d’impôt, à la course éternelle au profit sans limite et à une construction européenne privée de ses racines. Il préfère, avec (et surtout après) Bernanos, s’interroger : « La liberté, pour quoi faire ? »

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