Selon quels critères voter ?

Actuellement, aux Etats-Unis comme en France les campagnes électorales ont davantage tendance à semer la confusion dans l’esprit des électeurs indécis qu’à les éclairer.

Au jeu des petites phrases, de la communication, du story telling, de la diabolisation de l’adversaire et des promesses qui n’engagent que ceux qui les croient les citoyens qui n’ont pas encore cédé aux démons de l’abstention sont le plus souvent désorientés.

Certes, on n’a pas souvent le choix de voter pour un candidat dans lequel on croit vraiment et on se rabat souvent sur le moindre mal : après tout la politique n’est-elle pas l’art du possible ?

Mais là encore,l’électeur déboussolé que je suis est perplexe. Quand je discute avec des amis par ailleurs aussi sincères et instruits que moi, nous aboutissons à des conclusions souvent très éloignées : le moindre mal de l’un est rarement le moindre mal de l’autre.

1/ Le vote, une question de confiance plus que d’expertise

Pourtant l’élection présidentielle est moins le choix d’un programme – qui ne sera jamais de toute manière et dans le meilleur des cas que partiellement appliqué – que le choix d’un homme ou d’une femme auquel ou à laquelle on décide d’accorder sa confiance.

D’abord parce qu’on n’a pas toutes les compétences requises pour juger de la pertinence de tous les articles de son programme : il faudrait réunir des compétences que même aucun candidat ne réunit à lui seul et que seule une équipe de spécialistes particulièrement affûtés est susceptible d’avoir. Tout ce que l’on peut espérer c’est que le ou la futur(e) élu(e) connaisse les enjeux, leurs tenants et leurs aboutissants ainsi que ce qu’impliquent et ce que présupposent les décisions politiques à prendre.

Ensuite parce que dans le domaine politique comme dans la vie en générale tout se résume in fine à une question de confiance c’est-à-dire de foi : à un moment on décide d’accorder ou de refuser sa confiance à son médecin, à son potentiel conjoint, à son employeur, à son employé et à Dieu lui-même : on décide non pas seulement de croire qu’Il existe mais de croire ce qu’Il me dit…ou pas.

Le choix d’un candidat c’est LA question de confiance. Oui mais on ne fait pas confiance à l’aveugle. Alors selon quels critères accorder sa confiance ?

2/ Ne pas accorder sa confiance au hasard

Les recommandations de mes proches reflètent souvent celles de mon milieu d’origine avec tout ce que cela comporte de représentations et d’idées arbitraires et de préjugés plus ou moins conscients. Pour la même raison prendre systématiquement le contrepied de mon milieu d’origine n’est pas moins arbitraire. Il faut exercer son discernement.

Certes mais sur quels fondements ? Dans ce domaine les recommandations de l’épiscopat français sont tellement vagues qu’elles sont nulles au sens premier du terme : elles sont nulles et non avenues parce qu’elles ne proposent rien de concret et de clair. Par peur de se fâcher avec une partie de leurs ouailles ? Par peur de voir la foi catholique instrumentalisée au service de causes et d’ambitions mondaines ? Parce que notre épiscopat n’y voit pas plus clair que le reste de la société ?
Quelle que soit la réponse que l’on donne à cette question le constat s’impose à moi : je ne peux pas compter sur l’épiscopat pour éclairer mon choix.

C’est pourquoi je me suis interrogé sur les critères qui me permettraient de propose de déterminer mon choix et j’en ai trouvé trois. Je ne sais ce qu’ils valent mais je les mets au pot commun en me disant que dans le pire des cas ils ne serviront à rien et n’éclaireront personne – et que ça me mettra au moins au même niveau que les journalistes politiques – et que dans le meilleur des cas cela servira peut-être à quelque chose.

3/ Quel est son programme ?

La question est moins de savoir les promesses qu’il fait ou ses déclarations d’intention que la philosophie qui sous-tend et que sous-entend sa vision du monde, qui détermine ses priorités et qui définit sa méthode.

Cette question est essentielle et pourtant elle n’est jamais clairement assumée. Elle porte en effet sur la question du bien commun ? Aborder la question revient à poser au candidat la question suivante : “Avez-vous une conception du bien commun” ?

Considère-t-il qu’il existe des objectifs à atteindre qui soient bons en eux-mêmes ou considère-t-il que le bien se définit exclusivement de manière négative en laissant les uns et les autres interagir dans le cadre de la loi positive ?

Considère-t-il avoir la responsabilité prioritaire du bien de son pays ou considère-t-il qu’il est comptable de ses actes à la communauté internationale prioritairement ? Fait-il une différence entre ce qui est moral et ce qui est légal ou bien le respect de la loi et du droit se confond-il pour lui avec le bien ?

Sa conception du bien commun est-elle celle d’un bien commun concret et effectif ou le respect de principes abstraits ?

Tient-il compte des besoins spécifiques et des aspirations de son peuple ou bien considère-t-il que le peuple ne sait pas ce qui est bon pour lui et qu’il a pour mission de lui imposer ce qu’il estime être bon ?

Quand le peuple s’exprime par référendum, respecte-t-il son choix au nom de la souveraineté du peuple et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?

4/ Quel est son bilan ?

La plupart des candidats et des candidates ne sont pas des novices. Ils ont exercé des responsabilités politiques locales et le plus souvent nationales.

Le candidat pour lequel on envisage de voter a-t-il fait un bilan critique de son action politique passée ? A-t-il reconnu ses fautes éventuelles et ses responsabilités ? A-t-il fait un retour d’expérience comme on dit chez les militaires pour tirer les erreurs à ne plus reproduire à l’avenir ? Cet examen critique porte-t-il uniquement sur des choix tactiques ou sur sa conception des fins et des moyens ?

Les réussites qu’il revendique les attribue-t-il à ses propres mérites ou admet-il aussi avoir bénéficié d’une conjoncture favorable ? A l’inverse quand il a échoué ou renoncé en imputent-il systématiquement la responsabilité à des circonstances extérieures défavorables ?

S’il dénonce l’immobilisme des quarante dernières années, la déliquescence de l’Etat et la décrédibilisation de la classe politique que dit-il du rôle qu’il a joué pendant cette période ? Fournit-il des raisons de croire qu’il a changé depuis et qu’il ferai cette dois-ci  ce qu’il n’avait pas fait précédemment ?

S’il a fait hier des promesses qu’il n’avait pas les moyens de tenir, existe-il aujourd’hui des raisons concrètes – c’est-à-dire vérifiables – de penser que désormais il aurait les moyens et la volonté d’appliquer les mesures qu’il préconise ?

Ces mesures sont elles cohérentes ou contradictoires avec celles qu’ils préconisaient précédemment ? Incrimine-t-il le manque d’expérience de ses adversaires politiques pour contester la légitimité de leur candidature ?

5/ Quels sont ses soutiens ?

La question est d’une simplicité biblique : quels sont les groupes intérêts qui le soutiennent et qui, s’il est élu, exigeront un ou des renvois d’ascenseur ?

Il peut s’agir de son propre parti et des partis coalisés avec lui pour le faire gagner qui, en cas de victoire, réclameront leur dû sous forme de maroquins ministériels et/ou d’infléchissements politiques et idéologiques.

Il peut s’agir du soutien financier et médiatique de grands groupes qui considéreront leur soutien, discret mais d’autant plus efficace, comme un investissement et dont ils attendront naturellement un retour sur investissement.

Il peut s’agir de clientèles qui monnayent leur soutien électoral en l’échange du maintien d’équilibres fiscaux qui les exonèrent de charges communes ou qui leur garantit des privilèges que rien ne justifie au regard du bien commun.

Il peut s’agir de puissances étrangères qui financent le parti, les campagnes voire le train de vie du candidat – c’est parfois la triste réalité – et qui en fait dans une certaine mesure ce que la rhétorique communiste appelait “un agent stipendié de l’étranger”. Cela détermine les choix diplomatiques et géostratégiques mais aussi les choix de politique intérieure. Ces choix sont souvent davantage des choix implicites – donc non soumis au débat public et au vote – que des choix explicites.

Cette dernière question est très importante car elle explique en partie que certaines décisions traversent les clivages politiques apparents au mépris des choix exprimés par les électeurs dont les élus ne sont pourtant que les mandants..

Le poids des lobbies, les intérêts catégoriels et les acteurs non-officiels font de nos candidats des victimes consentantes de groupes de pression qu’il faut avoir préalablement identifier pour pouvoir évaluer la marge de manœuvre qui sera la leur en cas de victoire électorale.

Car si, même en les créditant d’une totale bonne foi et de la meilleure volonté du monde, ils n’ont pas les moyens de viser le bien commun au nom duquel ils sollicitent nos voix alors mieux vaut voter blanc et exprimer ainsi un désaveu qui est le dernier argument auquel ils restent sensibles.

Comme l’écrivait Bossuet : « Dieu se rit des créatures qui déplorent les effets dont elles chérissent les causes. »

A tous ceux qui accusent le pape François de cécité volontaire

À tous ceux qui s’offusquent que le pape François refuse de revêtir l’armure d’un chef de guerre pour répondre aux provocations de Daesh qui lui déclare « Nous faisons une guerre de religion et nous vous haïssons » je souhaite rappeler que leurs reproches sont exactement ceux que les Juifs pieux de son époque avaient fait à Jésus Christ quand il leur a dit que son royaume n’était pas de ce monde et qu’il ne serait pas le messie politique qu’ils attendaient. Au nom de quoi pourrait-on reprocher au Vicaire du Christ sur terre de prendre exemple sur le Christ ?

À tous ceux qui croient (sincèrement ?) que le pape François cherche à favoriser la progression de l’islam et délaisser les chrétiens d’Orient (si, si je l’ai déjà lu !) je souhaite rappeler qu’il est le premier pape qui ait dit que la guerre pour protéger les chrétiens d’Orient relevait de la guerre juste.

À tous ceux qui veulent croire que le pape François serait aveuglé par une idéologie de bisounours et qu’il pratique la politique de l’autruche je souhaite rappeler que, s’il refuse, de coller l’étiquette islamique (ou musulmane suivant les traductions) à la violence de Daesh c’est pour éviter d’attribuer cette violence à l’ensemble des musulmans, ce qui est l’objectif même de Daesh. En parlant comme il le fait le pape François refuse précisément d’accorder à Daesh ce qu’il veut et donc de faire son jeu. C’est lui qui est lucide et non ses détracteurs au sein de l’Eglise.

À tous ceux qui veulent croire qu’en refusant d’employer l’expression “violence musulmane” au même titre que l’expression “violence catholique” il conteste que la violence et les pulsions meurtrières proscrites par l’Evangile sont prescrites par le Coran je souhaite rappeler que le pape François n’a fait que rappeler que le mal tire ses racines du cœur de l’homme, musulman ou chrétien.

La tentation c’est de croire que la ligne de partage entre le bien et le mal passe par les clivages religieux alors qu’elle passe par le cœur de chacun. C’est induire en erreur et jouer la politique du pire que d’assimiler la violence à l’ensemble des musulmans : d’abord parce que tous les musulmans ne règlent pas leur vie d’après le Coran (et heureusement) et ensuite parce que cela détourne notre attention des violences ponctuelles et structurelles que des chrétiens (nous) ou des post-chrétiens peuvent commettre au sein de nos sociétés occidentales et sous couvert de démocratie.

A tous ceux qui s’offusquent que le pape François ait créé un  dicastère pour le service du développement humain intégral et qu’il ait annoncé qu’il suivrait personnellement la question des migrants j’aimerais rappeler que les questions migratoires sont des questions mondiales et ne concernent pas plus l’Europe que d’autres continents.

Les migrations internes à l’Afrique sont plus importantes que celles de l’Afrique vers l’Europe, les migrations vers et à l’intérieur du continent américain également. Sans compter les migrations massives des plus pauvres vers les pays du Golfe (Pakistanais, Philippins, Indiens, Palestiniens etc.) et surtout les migrations au sein du continent asiatique.

J’aimerais également rappeler que le pape François, comme son prédécesseur Benoît XVI, ne cherche pas à promouvoir les migrations mais se préoccupe du sort des migrants , ce qui est radicalement différent. Les migrants sont, par définition en position de fragilité et premières victimes de toutes les exploitations (mafias, passeurs, exploiteurs etc.). A partir du moment où l’on prétend défendre les plus fragiles (enfants à naître, handicapés, personnes âgées) au nom de la dignité humaine il serait incohérent de ne pas se préoccuper du sort des victimes des guerres ou de l’exploitation de l’homme par l’homme. Pas si l’on pense que tout homme est une histoire sacrée parce qu’il est à l’image de Dieu. Pas du point de vue chrétien.

A tous ceux qui accusent le pape François de vouloir noyer l’Europe sous des masses migratoires et parachever son déclin je voudrais rappeler que le pape François n’a ni le mandat, ni le moyen de se substituer aux Etats-nations défaillants qui ont renoncé à veiller au bien de leurs peuples en renonçant à exercer leurs prérogatives régaliennes.

Je me permets donc de les inciter fortement à voter aux prochaines élections pour le parti souverainiste le plus susceptible de l’emporter et de foutre la paix à ce pape argentin qui n’est pour rien dans la trahison de nos élites et la décadence programmée depuis plus de 40 ans de notre société.

A tous ceux qui accusent le pape François de cécité volontaire, je souhaite les inviter à lire ce que le pape à réellement dit et non pas à lui attribuer la responsabilité de propos qu’il n’a jamais tenus et qui ne sont que les projections de leurs propres peurs et de leurs propres angoisses.

A tous ceux qui sincèrement ne comprennent pas certains propos et certaines prises de position du pape, je souhaite suggérer qu’il serait peut-être plus charitable et surtout plus prudent de lui faire le crédit d’être à la fois mieux formé et mieux informé qu’eux et de supposer qu’il sait ce qu’il fait quand bien même eux ne le comprennent pas.

Cela suppose au minimum de lui accorder la présomption d’innocence ce qui pour un catholique – c’est-à-dire quelqu’un qui croit que le pape bénéficie d’une assistance spéciale de l’Esprit saint (y compris en-dehors des cas très rares où joue l’infaillibilité pontificale) – est quand même le minimum syndical.

Mais cela suppose également d’aller plus loin en adoptant dans notre cœur le parti pris de la bienveillance c’est-à-dire de l’amour du prochain. Ce qui, pour un chrétien, est le minimum syndical.

Car si l’on veut vraiment comprendre quelqu’un, il faut commencer par l’aimer.

Le Coran, les musulmans et nous

Pour renvoyer dos-à-dos le christianisme et l’islam, ceux qui n’ont plus que la mauvaise foi en guise de foi, font remarquer que les guerres de religion et les croisades des chrétiens valent bien la guerre sainte et les attentats islamistes des musulmans. Fermez le ban !

Ils se contentent alors de décrier LES religions qui empièteraient sur l’espace publique et menaceraient la liberté des incroyants et des athées au lieu de décrire LA religion au sein de laquelle on trouve des gens qui menacent effectivement la liberté des autres : l’islam.

La première façon de répondre à ces arguments hystériques c’est d’opposer des arguments historiques : les guerres de religion en Europe étaient mues par des causes politiques qui prenaient prétexte de divergences théologiques contrairement aux jihadistes actuels qui pour des raisons théologiques veulent détruire les réalités politiques qui ne leur conviennent pas (Etats laïcs).

Les croisades sont des réponses ponctuelles à l’occupation de Jérusalem par les musulmans et l’interdiction faite aux chrétiens de s’y rendre en pèlerinage. Le but des différentes expéditions était de libérer Jérusalem, pas de convertir les musulmans par la force.

Mais la meilleure façon de répondre à ces arguments c’est de faire un petit rappel théologique.

Certes les chrétiens ne se comportent pas nécessairement bien et utilisent parfois les mêmes procédés que ceux qu’ils reprochent aux musulmans mais quand ils adoptent de tels comportements, ce sont des comportements que l’Evangile proscrit mais que le Coran prescrit. Toute la différence est là !

1/ Le Coran est le cœur du problème

Comme dit Gaspard Proust, un chrétien intégriste qui applique le Nouveau Testament à la lettre, c’est un mec qui se met à embrasser tout le monde dans la rue ! On peut reprocher aux intégristes chrétiens de ne pas aimer assez leur prochain mais dans ce cas on leur reproche de ne pas être assez chrétiens.

A l’inverse un musulman qui cherche à être cohérent avec le Coran est celui qui ne renonce au jihad que temporairement et pour des raisons tactiques.

Un musulman qui cherche à être cohérent avec le Coran ne tolère les juifs et les chrétiens qu’en tant que citoyens de seconde classe (dhimmis).

Un musulmans cohérent avec le Coran cherche à convertir les autres  sous la menace de leur ôter la vie.

Un musulmans conforme au Coran punit de mort ceux qui quittent l’islam.

Un musulman selon le Coran conteste aux femmes (c’est-à-dire à plus de la moitié de l’humanité !) les droits qui découlent de leur dignité intrinsèque.

Un musulman qui veut vivre conformément au Coran cherche à imposer la charia dans l’espace public.

Les musulmans que nous considérons comme modérés, il les considère comme modérément musulmans.

Les musulmans que nous considérons comme ouverts et tolérants, il les considère lui comme des traîtres et des apostats.

Les musulmans que nous considérons comme bons, il considère que ce ne sont pas de bons musulmans.

C’est d’ailleurs la masse des musulmans indécis qui est l’enjeu de la stratégie de Daesh : il veut cliver l’ensemble des musulmans contre l’ensemble des non-musulmans et spécifiquement des juifs et des chrétiens. Il veut obliger tous les musulmans à choisir leur camp.

C’est pour cela que le pape François fait tout ce qu’il peut pour ne pas entrer dans son jeu et qu’il refuse de se positionner contre le monde musulman. Nulle naïveté chez lui. Il est mieux informé de la réalité du monde musulman et de la situation des chrétiens d’Orient que tous ses détracteurs qui, contrairement à lui, ne disposent pas du réseau de renseignement incomparable que constituent la structure de l’Eglise catholique et les services du Vatican. Simplement on ne donne pas à satisfaction à son adversaire en lui accordant l’effet qu’il cherche à obtenir.

Car si Daesh cherche à enrôler l’ensemble des musulmans derrière sa bannière c’est précisément parce que tous les musulmans ne règlent pas spontanément leur vie sur les prescriptions du Coran. Ou qu’ils en prennent et qu’ils en laissent. Les partisans de Daesh, les salafistes, les Frères musulmans et les barbus de tout poil veulent substituer à ce Coran alternatif un Coran authentique et intègre.

La seule chose qui soit rassurante c’est que, alors que les chrétiens ne sont jamais vraiment à la hauteur des exigences de l’Evangile, il existe des musulmans qui valent mieux que le Coran.

2/ Les musulmans sont nos frères et nous avons le devoir de leur annoncer la Bonne nouvelle

C’est donc à eux que nous, chrétiens, sommes tenus d’annoncer cette  bonne et étonnante nouvelle : Dieu nous aime et nous l’a prouvé !

C’est à nous chrétiens de le faire parce que personne ne le fera à notre place.

C’est à nous chrétiens de le faire sans attendre d’avoir le feu vert de l’épiscopat qui aurait dû en faire une de ses priorités explicites depuis le début des années 1980 et qui ne le fait toujours pas : après tout l’Eglise c’est d’abord l’ensemble des baptisés et pas d’abord une structure hiérarchique par moment plus démissionnaire que missionnaire…

C’est à nous chrétiens de nous adresser en priorité aux musulmans que nous croisons (collègues de travail), que nous fréquentons (amis) ou que nous ne connaissons pas encore (forums sur Internet) pour leur annoncer que Dieu est bien plus merveilleux que l’idée même qu’ils s’en faisaient.

Que si le Coran est le cœur d’une religion créée par l’homme pour l’homme – d’où le traitement qu’il réserve à la femme – l’Evangile est le recueil de quatre témoins distincts qui rendent compte d’un événement inouï (et non pas d’une théorie), d’une preuve d’amour tellement inouïe qu’elle ne pouvait venir que de Dieu.

Qu’Il est amour et non pas soumission (islam en arabe).

Qu’Il a renoncé à Sa seigneurie suprême pour faire le premier pas vers nous et nous sauver non seulement collectivement mais individuellement.

Qu’Il nous a aimés jusqu’à souffrir pour nous et par nous.

Qu’Il nous a prouvé que c’était bien Lui (et non un remplaçant de dernière minute) en ressuscitant.

Que c’est Lui qui aime chacun d’entre nous individuellement alors même qu’aucun d’entre nous n’est très aimable.

Qu’Il veut nous sauver alors que nous ne le et ne Le méritons pas.

Qu’Il est tout-puissant mais que, contrairement à l’homme, il manifeste d’abord sa puissance dans l’amour et non dans la domination.

Que c’est Lui qui accorde à l’homme et à la femme une dignité égale parce qu’elle découle de leur même nature.

Qu’Il respecte notre conscience parce qu’Il attend de nous un acquiescement libre et éclairé et non concédé dans la peur du châtiment.

Qu’Il dépasse complètement notre entendement mais qu’Il se laisse approcher par notre raison.

Qu’Il veut notre bien et non le respect formel d’une loi.

Qu’Il veut que nous l’accueillions de tout notre cœur et non que nous le confessions du bout des lèvres.

Qu’Il nous aime même si nous ne le connaissons pas encore.

Qu’Il il nous aimera jusqu’au bout, même si nous refusons de Le reconnaître pour l’instant.

Qu’Il il nous aimera jusqu’au bout, jusqu’au moment où nous prendrons la décision ultime, ici ou au-delà, de consentir à Son amour ou de le rejeter pour toujours.

Qu’Il nous aime infiniment et que Sa volonté c’est que nous apprenions à L’ aimer et à nous aimer.

Qu’Il nous veut libres, conscients et heureux pour que nous choisissions de vivre l’éternité à Ses côtés.

Confesser les fautes du passé ?

“C’est marrant, t’es catho et pourtant t’es sympa !”. Cette phrase, prononcée avec candeur, m’a déjà transpercé le cœur à plusieurs reprises alors que, au détour d’une conversation du lundi matin sur l’activité du week-end, je mentionnais à mes interlocuteurs que j’étais allé à la messe dominicale.

Cette remarque m’a révélé l’image que la plupart de nos contemporains ont des catholiques – c’est-à-dire de l’Eglise – et par extension la méfiance qu’ils nourrissent envers tout ce qu’elle est susceptible de dire.

C’est l’une des raisons pour laquelle les catholiques ont beaucoup plus de mal à témoigner de Jésus Christ que nos frères évangéliques. Ils n’ont pas à porter le fardeau du passé. Du moins en France où l’alliance du sabre et du goupillon n’est toujours pas passée dans l’inconscient collectif. Aux Etats-Unis où l’Eglise catholique a toujours été du côté des pauvres et des immigrants son image est bien meilleure et ce sont les pentecôtistes anglo-saxons qui incarnent la religion officielle et aliénante. On paye toujours pour les fautes des autres générations.

1/ Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées

Indépendamment des faiblesses que l’on peut reprocher aux fidèles catholiques eux-mêmes, comme le manque de formation théologique et scripturaire ou même la trop faible vie de prière et d’intimité personnelle avec le Christ, le fait est que qu’il leur est très difficile de témoigner car ils portent sur leurs épaules le poids d’un passé qui ne passe pas et dont ils ne sont pas responsables.

Nous avons tous fait l’expérience de situations où ce que nous voulions dire – notre foi en Jésus et notre joie d’être aimés et sauvés par lui – n’a même pas pu ne serait-ce qu’être entendu par nos interlocuteurs qui se sont précipités dans des réquisitoires plus ou moins enflammés et plus ou moins bien informés sur des épisodes de l’Eglise antérieurs à notre naissance (l’inquisition, les croisades, les guerres de religion…) ou indépendants de notre responsabilité (les prêtres pédophiles, les évêques qui les couvraient, la corruption au sein de la Curie, les liens entre la banque du Vatican et les mafias etc.).

Nous n’y étions pour rien et, en une fraction de secondes, nous nous sommes retrouvés dans le box des accusés. Nous étions sommés de nous justifier et de rendre des comptes sur des comportements passés qui n’étaient pas les nôtres et que nous désapprouvions. Notre présomption d’innocence était pulvérisée et nous devions porter la charge de la preuve.

Le sentiment d’injustice (“nous n’y sommes pour rien !”) et l’exaspération du “deux poids deux mesures” (jamais nos interlocuteurs ne se comporteraient ainsi vis-à-vis de musulmans) poussent parfois certains à vouloir justifier ce qui leur est injustement reproché et à désavouer ouvertement les manifestations officielles de repentance des papes successifs : de Jean-Paul II faisant officiellement repentance au seuil de l’an 2000 pour les fautes commises et/ou couvertes par l’Eglise pendant les siècles passés au pape François invitant les catholiques à l’examen de conscience sur leur attitude vis-à-vis des personnes homosexuelles et la nécessité de leur demander pardon quand ils les ont offensées.

“Marre de la repentance tous azimut” s’écrient certains. “La priorité n’est pas de battre sa coulpe et à l’heure où l’islam gonfle ses muscles et où les chrétiens d’Orient sont exterminés” disent d’autres.
Ces réactions sont parfaitement compréhensibles d’un point de vue humain mais, malheureusement, parfaitement inacceptables du point de vue du Christ tel qu’il nous est dévoilé dans les évangiles. Autrement dit c’est inacceptable d’un point de vue chrétien.

D’abord parce que le Christ lui-même ne nous laisse pas le choix : “Si donc, au moment de présenter ton offrande devant l’autel, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis tu reviendras présenter ton offrande” (Matthieu 5, 23-24).

Ensuite parce que le Christ nous a explicitement annoncé qu’il nous envoyait comme des agneaux au milieu des loups (Luc 10, 3).

Sans compter que cela reviendrait à donner raison à ceux qui pensent que les catholiques français n’ont pas changé depuis l’affaire Dreyfus et qu’ils préfèrent toujours une injustice à un désordre. Ou encore à affirmer avec Nicolas de Chamfort que la France est le pays où on laissait en paix les incendaires et où l’on poursuit ceux qui sonnent le tocsin. Contre-témoignage garanti.

2/ On paye pour les fautes d’autrui mais c’est d’abord l’annonce du Christ en pâtit

Il n’en reste pas moins vrai que le poids écrasant de l’histoire pèse sur l’épaule des catholiques d’aujourd’hui et limite grandement leurs possibilités de témoigner de leur foi.

C’est une réalité qui est décrite en termes imagés par un proverbe hébreu passé dans le vocabulaire courant (quoique de moins en moins courant en raison de l’illettrisme croissant de la société française mais ceci est un autre débat…) : “Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées” (Ezéchiel 18,2). En d’autres termes nous payons toujours pour les fautes des générations précédentes.

Pour d’évidentes raisons d’ordre chronologique nous ne sommes coupables ni de l’inquisition, ni des croisades, ni des guerres de religion et pourtant c’est souvent de cela que nous sommes sommés de nous justifier dès que nos interlocuteurs apprennent que nous sommes catholiques.

La tentation est grande de se braquer et de refuser de demander pardon. Demander pardon pour ses propres péchés est déjà une démarche éprouvante – nous l’expérimentons à chaque fois que nous nous confessons – mais alors demander pardon pour des péchés qui ne sont pas les nôtres !

Pourtant il est impératif que nous confessions ces péchés qui ne sont pas les nôtres pour assurer et rassurer nos interlocuteurs : oui ce sont bien des péchés et nous nous en désolidarisons au nom de notre conscience et, plus encore, en raison de notre attachement à Jésus Christ.

Les chrétiens sont en effet tenus d’annoncer un Dieu qui a accepté de payer de sa vie pour les péchés d’autrui. Jésus Christ, l’amour incarné conçu sans péché, n’a commis lui-même aucun péché et a racheté à Satan l’humanité qu’il retenait prisonnier en se laissant traiter comme le pire des pécheurs. Il l’a payé de sa personne au sens propre du terme. Il n’était pas tenu de souffrir pour nous sauver des conséquences de nos péchés.

“Il était méprisé, et nous n’avons fait aucun cas de sa valeur. Pourtant, en vérité, c’est de nos maladies qu’il s’est chargé, et ce sont nos souffrances qu’il a prises sur lui, alors que nous pensions que Dieu l’avait puni, frappé et humilié. Mais c’est pour nos péchés qu’il a été percé, c’est pour nos fautes qu’il a été brisé” (Esaïe 53, 3-5).

Les péchés d’hier ont été commis par nos pères et nous en payons le prix aujourd’hui mais c’est d’abord et surtout l’annonce du Christ qui en pâtit.
Si, en plus de cela, nous nous mettons au premier plan – soit comme avocat de nos pères, soit comme victimes injustes de reproches anachroniques – nous nous interposons nous mêmes entre le Christ et ceux auxquels nous prétendons l’annoncer.

Nous leur parlons de nous ou de nos aînés mais pas ou plus de celui qui est venu les sauver. Ce genre d’attitudes détourne nos interlocuteurs de l’essentiel : la mort et le résurrection de Jésus Christ. La bonne nouvelle c’est qu’“Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier” (1 Jean 2,2).

C’est pour cette raison que la pire réaction consiste à expliquer que les épisodes sombres de l’histoir des chrétiens sont “plus compliqués que ça” et qu’il faut les “replacer dans leur contexte historique” et ne pas les juger “avec notre mentalité d’aujourd’hui”.

Pourquoi ? Parce qu’à partir du moment où l’on chercher à atténuer l’horreur de la saint Barthélémy et de la responsabilité morale de ceux qui s’y sont livrés alors il n’y a plus aucune raison que nos interlocuteurs admettent l’horreur du massacre des innocents et encore moins l’ignominie de la mort sur la croix de l’Innocent par excellence. A ce compte là l’attitude Ponce Pilate était compréhensible au vu du contexte politique “très délicat”. Non ?

Mais le pire serait de refuser de demander pardon pour les fautes de nos aînés au nom d’une solidarité de groupe ecclésiale qui ne serait ordonnée ni à la vérité ni à la charité. Ce serait la quintessence du cléricalisme. Le message que l’on envoie inévitablement dans ces cas là c’est : “faites ce que je dis, pas ce que je fais” et ça ruine toute crédibilité. Or, la force du témoignage dépend très directement de la crédibilité des témoins.

3/ Triomphalisme hier, pharisaïsme aujourd’hui ?

Sans compter que nous serions bien avisés dès aujourd’hui de montrer l’exemple à nos descendants en demandant pardon pour les péchés de nos pères afin de montrer l’exemple à nos fils quand, demain, ils seront soméms de demander pardon pour les péchés que nous aurons commis c’est-à-dire…ceux que nous sommes en train de commettre actuellement.

Certes notre tendance n’est pas ou n’est plus au triomphalisme et à l’intolérance. Mais notre tentation actuelle ne serait-elle pas plutôt le pharisaïsme ? La tentation de vouloir mutiler l’évangile pour le tailler à notre mesure et éviter d’écouter ces appela à la conversion qui impliqueraient de remettre en question notre civilisation et nos choix de vie ?

Je pense notamment à la tendance, dans certains catégories socio-professionnelles appelées supérieures par les sociologues (les fameuses CSP+) à réduire les exigences de l’évangile à des questions de morale privée (refus de l’avortement, du mariage homosexuel, de la PMA-GPA) pour mieux occulter les questions de morale sociale.

En d’autres termes on défilera contre la loi Taubira au nom de la défense de la famille mais pas contre les lois qui organisent l’exploitation économique des salariés et détruisent la possibilité même d’une vie de famille (loi sur le travail du dimanche ou loi El Khomry).

Dans certaines familles catholiques, la tentation est permanente d’insister exclusivement sur les questions qui ne remettent pas en cause l’ordre économique et sociale dont leurs membres sont les premiers bénéficiaires…et les bénéficiaires de plus en plus exclusifs.

Par exemple quand, lors des réunions de famille, oncle Hubert qui travaille chez Total explique sur un ton mesuré que l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie à l’occidentale et que les dictateurs avec lesquels il fait des affaires sur place sont injustement vilipendés par une presse française qu’aveugle le politiquement correct.

De même quand le cousin Xavier qui achète et vend des dettes à Londres – il travaille dans la finance – explique avec enthousiasme que l’Angleterre a su renouer avec la croissance contrairement à la France et à ses rigidités archaïques (protection sociale, système de retraite, santé publique…) : qui viendrait lui opposer les mises en garde de Jésus sur l’amour de l’argent et la doctrine sociale de l’Eglise ?

Et quelle brute au cœur de pierre pourrait opposer quoi que ce soit à la grande sœur Ségolène, DRH chez Saint Frusquin – fleuron du luxe à la française – qui raconte toujours avec beaucoup d’émotion ses nuits blanches quand, le lendemain, elle doit annoncer leur licenciement à des salariés pour que l’entreprise reste compétitive face à la concurrence internationale et continue à faire des bénéfices ?

4/ Confesser les péchés des chrétiens pour révéler la sainteté de Dieu

Le principal obstacle à l’annonce du Christ c’est, aujourd’hui comme hier, notre propre péché et la forme qu’il prend aujourd’hui c’est moins la violence et l’intolérance de nos pères que l’ hypocrisie satisfaite de leurs fils.

Nous disons croire en Dieu mais au fond nous refusons de croire ce que Dieu nous dit et c’est pour cela que nous refusons de faire Sa volonté. Quand nous invoquons Sa volonté à Lui c’est, en fait, pour exalter la nôtre. Inévitablement on en vient à faire et à cautionner des choix existentiels et politiques qui sont radicalement incompatibles avec la volonté de Dieu telle qu’elle nous est dévoilée par le Christ dans l’Evangile. On remplace le culte que l’on doit à Dieu par le culte de la croissance. Pourtant la conversion du cœur n’est pas une option mais la voie étroite mais unique qui nous mène à Dieu et nous permet de réaliser notre vocation d’homme…

L’adhésion au Christ est toujours un choix personnel qui implique d’être prêt à accepter d’entrer dans une logique spirituelle qui n’est pas la nôtre et qui entraîne une métamorphose de notre être (sanctification). Comme tous les choix cela suppose de renoncer à un certains nombres de désirs et d’aspirations qui sont des aspirations mondaines.

Dieu prend ce qu’il y a de plus petit pour révéler sa puissance. Dieu fait tout pour nous mais rien sans nous. Il nous demande de l’aimer et d’aimer notre prochain, il nous demande de nous préoccuper d’abord du royaume de Dieu et de sa justice et nous promet que tout le reste nous sera donné de surcroît.

La seule question qui nous concerne est la suivante : allons-nous décider de le croire – et donc de le suivre – ou pas ? Ce n’est pas d’abord une question théorique ni même théologique mais un choix personnel et existentiel. Toute tentative pour esquiver ce choix est inspirée par le prince de ce monde.

A défaut de faire toujours le bon choix – nous tombons souvent et nous sommes appelés à nous relever tout le temps – il nous incombe de ne pas contrefaire la nature de ce choix. “Car celui qui est préoccupé de sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, la retrouvera” (Matthieu 16, 25).

Le Christ désarme complètement ceux qui prétendent le suivre. Ils doivent annoncer la paix et suivre un Dieu qui prend à rebrousse-poils leurs évidences et, parfois, leurs intérêts catégoriels immédiats. Le Dieu que nous annonçons et dans lequel nous avons mis notre espoir est un Dieu tellement bon qu’il a accepté de payer pour nos péchés et c’est lui que nous sommes invités à suivre.

Bien sûr notre fidélité au Christ est toujours partielle et n’est jamais acquise. La conversion de notre cœur est à la fois une activité à plein temps et une activité de chaque instant puisque nous sommes soumis en permanence à la force d’attraction terrestre du Prince de ce monde et que la lutte pour s’arracher définitivement à son orbite ne prendra fin qu’à la dernière seconde de notre dernière heure. Quand on cherche à convertir au Christ son cœur, sa volonté et son esprit, on découvre ce qu’est le mouvement perpétuel.

Mais pour en témoigner encore faut-il l’admettre et en tenir compte concrètement. Cela suppose, entre autre choses, de confesser les péchés des chrétiens pour révéler la sainteté de Dieu et ainsi dégager l’horizon de ceux auxquels nous nous adressons.

L’allergie au pape François est un révélateur des turpitudes de certains milieux catholiques

Quand le pape François fait le constat que la majorité des mariages catholiques ne sont pas valides il pose un diagnostic mais il ne modifie pas une virgule de la doctrine catholique. Pourtant il provoque des réactions hystériques chez un certain nombre de fidèles.

C’est plutôt curieux car, pourvu qu’on se donne la peine d’aller lire ce qu’il a effectivement déclaré et non les citations hors contexte voire carrément tronquées que l’on trouve sur la réacosphère, on constate que tout ce qu’il dit est dans la droite ligne de l’enseignement de l’Eglise sur le sacrement de mariage : le mariage est indissoluble dès lors qu’il est valide sacramentellement ce qui suppose que certaines conditions de validité soient réunies au préalable. C’est ce qui explique que dans certains cas l’Eglise reconnaisse a posteriori que certains mariages que l’on croyait valides ne l’étaient en fait pas. C’est ce qu’on appelle la reconnaissance de nullité de mariage (et non l’annulation du mariage).

Le constat qu’il fait sur l’état d’immaturité affective, psychologique et spirituelle de nombreux catholiques n’est malheureusement pas surprenant quand on se donne la peine d’ouvrir les yeux sur la réalité. Si tel n’était pas le cas nous n’aurions pas tous ces débats sur la question des divorcés-remariés. Rien de nouveau sur ce point.

Pourtant quand il dit tout haut ce que tout le monde constatait jusque là sans oser le dire à haute et intelligible voix, certains catholiques s’offusquent. D’autres expriment leurs réprobation en s’étonnant ouvertement.

Mais ce qui est étonnant n’est-ce pas plutôt l’allergie d’un certain nombre de catholiques à l’honnêteté du pape François ?

De même quand le pape François déclare « L’Église doit présenter ses excuses aux personnes gays qu’elle a offensées » il ne fait que rappeler l’évangile : il invite à la conversion ceux qui se sont comportés de manière non charitable envers les personnes homosexuelles et il s’inclut lui-même dans le lot. En revanche il ne change rien sur la position de l’Eglise à propos de l’homosexualité. En ce sens il n’a pas changé depuis qu’il a organisé l’opposition à la loi sur le mariage homosexuel en Argentine….

Pourtant certains catholiques se disent déstabilisés. Mais n’est-ce pas précisément leur réaction qui est déstabilisante ?

Qu’y a-t-il de déstabilisant à prêcher aux catholiques la conversion du cœur et du regard ? Qu’y a-t-il de déstabilisant à dire aux catholiques que s’ils ont blessé un frère ou une sœur ils doivent lui demander pardon ? Ce que dit le pape François correspond à l’esprit et la lettre même de l’évangile. Le lui reprocher quand on est adepte de la religion de l’amour c’est une contradiction manifeste et grotesque à la fois.

Mais c’est surtout l’indice que quelque chose ne tourne pas rond. Du moins dans certains milieux. Car les préventions contre le pape François sont loin d’être partagées par tous à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Eglise….

1/ Les réactions hystériques d’une certaine frange de catholiques

Certain milieux catholiques s’acharnent à critiquer le pape au nom d’une identité catholique qu’ils confondent avec la somme des mauvaises habitudes, des partis pris et des préjugés qu’ils ont hérités de leur famille et de leur milieu. C’est cet héritage qu’ils assimilent au dépôt de la foi et qu’ils accusent le pape de vouloir brader.

Ils ne lui pardonnent pas de rappeler que la seule identité du chrétien est de suivre le Christ et que ça suppose très souvent de changer beaucoup de choses en soi et autour de soi…et donc de rompre avec les préjugés et les solidarités de son milieu d’origine.

Un certain nombre de catholiques par héritage refusent de devenir des chrétiens par choix. Ils font ce qu’on appelle en équitation un refus d’obstacle et tentent de faire passer leur raideur et leur dureté de cœur pour de la fidélité au magistère de l’Eglise.

D’où le paradoxe de ces catholiques qui se se réfèrent davantage à la pensée de Charles Maurras et de Pierre Gattaz qu’à celle des pères des Pères de l’Eglise et qui se veulent plus catholiques que le pape au point de prétendre lui donner des leçons de catholicisme. Quand ils ne l’accusent pas carrément de trahir le dépôt de la foi !

Sous prétexte de dénoncer les méfaits, bien réels, du clergé et de l’épiscopat français qui avaient pris prétexte de Vatican II pour justifier leurs propres fantaisies (pastorales théologiques, liturgiques et morales) et in fine leur propre apostasie, certains milieux catholiques veulent en faire porter la responsabilité à un pape argentin qui n’y est pour rien !

La contradiction manifeste entre ce qu’ils disent être – à savoir des catholiques qui se veulent fidèles à l’autorité de l’Eglise parce qu’elle est guidée par l’Esprit saint – et leur comportement de protestants – ils dénient au pape son autorité intellectuelles, spirituelle et morale – saute aux yeux de tous sauf d’eux-mêmes. Ils semblent les seuls à ne pas en être conscients.

Mais ce qu’il y a de plus absurde dans ce genre de comportements c’est qu’ils sont délibérément blessants et qu’ils ne reculent devant aucun procédé malhonnête et malveillant : insultes, calomnies, insinuations, citations tronquées ou citées hors contexte, accusations sans preuves… Toute la petite panoplie du manipulateur au complet (ou plutôt au complot).

Ces comportements prennent le contrepied de ce que le Christ nous a demandé (aimer notre prochain comme nous mêmes). Ceux qui utilisent de tels procédés refusent au pape François non seulement la présomption d’innocence mais surtout refusent d’adopter envers lui le parti pris de la bienveillance. Ce sont des contre-témoignages pour tous les non-chrétiens. Ils découragent les meilleurs volontés et font fuir les autres.

Une telle attitude traduit (trahit ?) chez ceux qui l’adoptent une malveillance profonde indissociable d’une forme d’orgueil consistant à se considérer, eux, comme le conseil d’administration de l’Eglise et le pape François comme un PDG d’entreprise qui devrait leur rendre régulièrement des comptes et surtout leur donner satisfaction.

Malheureusement pour eux l’Eglise a été voulue et conçue par le Christ et le pape désigné par l’Esprit saint. Ne pouvant le destituer ils se consolent en le mettant en cause, un peu comme quand Alain Juppé avait dit de Benoît XVI qu’il commençait « à poser un vrai problème » et qu’il vivait « dans une situation d’autisme total ».

2/ L’opposition au pape et le refus de l’évangile

Ce qui est reproché au pape c’est au fond de demander aux catholiques d’être fidèles à l’évangile .

Le pape François nous met en garde contre le risque ou plutôt contre la tentation de préférer défendre le contenant (la culture chrétienne) plutôt que de vivre de son contenu (le Christ).

Ce que certains catholiques lui reprochent c’est de leur rappeler que Jésus-Christ ne requiert pas des défenseurs mais qu’il recherche des témoins et ce n’est pas la même chose (sinon il aurait appelé des légions d’anges pour échapper à sa Passion).

Ce qui lui est reproché par certains athées pieux c’est de dire tout haut que les catholiques européens ne sont pas ici-bas pour rappeler à des masses ignorantes les beautés de l’art roman mais pour leur annoncer la bonne nouvelle de notre rédemption par Jésus-Christ en commençant par vivre eux-même en cohérence avec cette bonne nouvelle.

Certains le détestent parce qu’il leur rappelle qu’ils ont une mission : témoigner par leur vie et par la paroles que Dieu est un Dieu d’amour et que Lui seul peut combler l’aspiration fondamentale de l’être humain à être aimé (« Qui donc pourra combler les désirs de mon cœur, Répondre à ma demande d’un amour parfait ? Qui, sinon toi Seigneur, Dieu de toute bonté, Toi l’amour absolu de toute éternité »).

Ce qu’ils détestent par dessus tout c’est quand le pape François leur rappelle que cette responsabilité leur incombe aussi à eux en tant que baptisés, qu’ils ont un devoir d’exemplarité parce que la sainteté n’est pas une option qu’ils pourraient décider de ne pas prendre mais qu’elle est leur vocation unique, leur seule raison d’être ici bas et la condition de leur salut.

Certains le haïssent parce qu’ils ne veulent pas entendre que la foi chrétienne est la foi en un Dieu tout-puissant qui a décidé d’avoir besoin de nous pour réaliser le salut de l’humanité. Ils lui préféreraient un Dieu musulman qui leur commande d’utiliser la force.

Leur obsession de l’islam est le reflet de leur envie et l’expression de leur regret de ne pouvoir exalter leur propre volonté de puissance, à l’image de ces musulmans qui peuvent justifier leur volonté de dominer en invoquant le jihad et imposer, quand ils sont en position de force, le statut de dhimmis aux non-musulmans….

De même que l’amour rend intelligent, la malveillance rend aveugle. A force de vouloir faire dire au pape ce qu’il n’a pas dit, par exemple en l’accusant d’avoir dit que tous les mariages étaient nuls, les ennemis  du pape François se condamnent à ne rien comprendre.

Car en posant un diagnostic sans complaisance sur la réalité de certains mariages célébrés dans les formes, il pointait du doigt les conséquences de l’apostasie et du laxisme d’un certain nombre de responsables du clergé qui ont renoncé à éclairer les consciences en refusant de célébrer un mariage sacramentel quand les conditions de validité n’étaient pas réunies !

En refusant d’écouter ce que le pape dit réellement et en préférant le calomnier les catholiques qui aiment le détester se condamnent à la cécité volontaire.

L’hystérie que déclenchent chez certains le pape François ne nous dit rien de ce que fait ou pense le pape François mais il nous en apprend beaucoup sur l’état intérieur de ses détracteurs.

De ce point de vue là l’allergie au pape François est un bon révélateur des incohérences et des turpitudes de certains milieux catholiques. En un sens c’est une bonne nouvelle : les masques tombent !

Comment et pourquoi avoir une gueule de ressuscité ?

Nietzsche reprochait aux chrétiens qu’il voyait de ne pas être vrais et disait qu’il pourrait peut-être croire en Dieu si au moins ils avaient « des gueules de ressuscités ».

Cette remarque est pleine de bon sens : quand on est heureux, quand on est habité par une flamme, une espérance ça se se voit et, à l’inverse, quand on vit dans l’ennui, l’inquiétude, la frustration, l’angoisse ou le malheur ça se voit aussi.

Pourtant quand on fait remarquer cela certains chrétiens ont tendance à répondre «Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?» comme dans la chanson éponyme de Johnny Halliday.

1/ «Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?»

C’est la tentation de l’identitarisme chrétien. Chez nos frères orthodoxes c’est la tentation de se claquemurer à l’intérieur d’Eglises autocéphales. Chez nos frères réformés c’est la tentation de se scinder en petites sectes protestantes toujours plus exclusives. Chez les catholiques de France, aujourd’hui, c’est la tentation du repli identitaire avec la perspective – espérée ou redoutée – de l’affrontement communautaire : «Quoi, ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Si tu veux te la payer, viens je rends la monnaie. T’as rien dit tu l’as déjà dit, On n’va pas y passer la nuit»

Confrontés à l’hostilité, bien réelle, de la société médiatique et des institutions publiques qui ne perdent pas une occasion de nier l’existence et la légitimité de la communauté catholique en France, la tentation est grande pour certains de réagir comme une forteresse assiégée et de défendre une logique de l’honneur : «Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Quelque chose qui ne va pas ? Elle ne te revient pas ?».

Cette logique de l’honneur est héritée de l’aristocratie et du monde féodal, pas de l’évangile. C’est parce que saint Vincent de Paul a fini par en convaincre son bienfaiteur, monsieur de Gondi, que celui-ci a renoncé à se se battre en duel pour laver son honneur. Mais cette mentalité est également celle qui prévaut encore très largement parmi nos frères musulmans et la tentation identitaire, pour les chrétiens, c’est d’adopter une mentalité de musulmans plutôt qu’une mentalité de chrétiens. D’où la surenchère victimaire à laquelle se livrent certains chrétiens en traquant sytématiquement les manifestations de cathophobie, néologisme mimétique de celui d’islamophobie.

Plus profondément encore – et plus gravement – c’est donner tort au Christ quand il dit à saint Pierre qui voulait prendre sa défense : «Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prendront l’épée mourront par l’épée» (Matthieu 26, 52).

C’est la tentation d’oublier que les disciples ne sont pas plus grands que leur maître et que si le Fils de Dieu en personne, l’Amour fait homme n’a pas été aimé et reconnu par les hommes, ses disciples ne doivent pas s’attendre à être mieux traités.

Les persécutions sont le lot des disciples du Christ depuis le début du christianisme et elles ont été annoncées par le Christ lui-même : «Heureux serez-vous lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande au ciel. En effet, c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés» (Matthieu 5, 11-12).

C’est aussi vouloir substituer la logique des hommes à la logique de Dieu : Dieu se manifeste de manière paradoxale en choisissant ce qu’il y a de plus petit et de plus faible et c’est pour cela que les périodes au cours desquelles les chrétiens sont persécutés sont suivies de périodes de conversions. Comme le disait Tertullien dans sa célèbre formule : « Le sang des martyrs est semence de chrétiens ».

La tentation identitaire c’est la tentation de détourner notre attention de la vie éternelle et de ce qu’il nous faut faire ici bas pour accéder au paradis : « Recherchez d’abord le royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné en plus » (Matthieu 6, 33).

La tentation identitaire, c’est aussi donner tort à saint Paul quand il déclare : « J’estime que les souffrances du moment présent ne sont pas dignes d’être comparées à la gloire qui va être révélée pour nous » (Romains 8, 18). C’est vivre en athée tout en se proclamant catholique.

C’est la tentation de Charles Maurras, positiviste et disciple d’Auguste Comte : transformer la Bonne nouvelle de l’amour de Dieu pour tout homme en une unité de combat : « Quoi, ma gueule? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule? De galères en galères, elle a fait toutes mes guerres».

Non seulement on passe de l’espérance de la résurrection et de la vie éternelle au triste et traumatisant spectacle de la méchanceté humaine mais surtout on oublie que la méchanceté humaine passe aussi par nous, individuellement et collectivement.

Individuellement parce que la frontière entre le bien et le mal traverse notre propre cœur et c’est pour cela que nous avons besoin de nous confesser régulièrement et de nous convertir en permanence.

Collectivement, parce que les péchés peuvent aussi être décuplés au sein d’une communauté, même religieuse et c’est pour cette raison que saint Jean-Paul II a officiellement fait acte de repentance en l’an 2000 pour toutes les fautes et les crimes commis et/ou couverts par l’Eglise catholique.

La tentation identitaire consiste, à l’inverse, à refuser tout examen de conscience en faisant primer la solidarité partisane sur la vérité et la justice : «Quoi, ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Je m’en fous qu’elle soit belle, au moins elle est fidèle».

Cette tentation apparaît comme une position de repli et une consolation pour les nombreux catholiques qui ont été légitimement traumatisés par l’apostasie d’une grande partie de l’épiscopat et du clergé au cours des années 1970. Des catholiques sincères qui ont parfois été abandonnés et vilipendés par leurs propres pasteurs parce qu’ils voulaient rester fidèles au dépôt de la foi et à la tradition apostolique !

C’est donc souvent d’un amour déçu avec l’Eglise – du moins avec ses dirigeants – que naît cette rancœur. C’est le souvenir jamais effacé d’une injustice commise par ceux là même qui leur demandaient de confesser leurs péchés ! C’est la conscience d’une injustice commise à leur égard et pour laquelle aucune demande de pardon n’a été formulée. Cette la douleur indicible d’un amoureux trompé et bafoué par sa bien-aimée : «C’est pas comme une que je connais, une qui me laisse crever tout seul, mais je n’veux même pas en parler, une qui se fout bien de ma gueule».

2/ Convertir son regard pour convertir son cœur

« A celui qui n’a rien, la Patrie est son seul bien » disait Jean Jaurès.

La colère des identitaires a pour source un profond pessimisme dans lequel ils essaient de ne pas se noyer en se raccrochant à leur identité (réelle ou imaginaire peu importe) . Mais leur désespérance est d’autant plus tragique qu’elle reste clandestine.

Ils ne peuvent pas l’exprimer (trop) ouvertement puisque, officiellement, ils revendiquent la foi et l’espérance, ces deux vertus théologales qui sont le marchepied de la troisième et la plus haute : la charité !

A l’inverse celui qui a eu la chance de recevoir le don de la foi n’a aucune raison de désespérer, au contraire ! Il sait que sa mission ne consiste pas à défendre un contenant (la culture chrétienne) mais son contenu (le Christ) et il sait que Jésus-Christ ne requiert pas des défenseurs mais des témoins.

Il lui incombe donc de manifester son espérance et sa charité : il n’a pas le droit, par paresse, de laisser les soucis du monde ou le poids du jour les submerger.

Il a d’abord le devoir d’être toujours prêt à rendre compte de l’espérance qui est en lui – « Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3, 15) – ne serait-ce parce que parce que c’est le minimum syndical ! Mais ensuite il a le devoir d’en rayonner car ce que l’on vit est plus éloquent que ce que l’on dit.

Oui mais concrètement, on fait comment pour avoir une gueule de ressuscité ?

On commence par se réjouir de vivre ici et maintenant car c’est en changeant le regard que nous portons sur la réalité extérieure que nous pouvons commencer à changer nos dispositions intérieures et convertir notre cœur. Et ça, ça se voit !

Mais ce n’est pas un choix léger ou anodin. Habituer notre regard à découvrir et à admirer les merveilles nichées dans les plis de la réalité, discerner ce qui est poétique dans ce qui est prosaïque c’est un exercice spirituel permanent.

C’est une hygiène de vie intérieure qui nourrit l’âme et réjouit le cœur de l’homme. C’est une ascèse qui, comme toute ascèse, est la source d’une joie intime et profonde. Une joie qui dépend moins des circonstances extérieures que des nos dispositions intérieures et qui, à ce titre, est beaucoup moins aléatoire. Bien sûr ce n’est pas un bonheur permanent, c’est encore un bonheur à éclipses mais c’est déjà l’avant-goût du bonheur éternel.

C’est une sorte de discipline sportive comparable aux programmes de préparation physique que suivent les athlètes qui veulent se donner les moyens de gagner les grandes compétitions. C’est un entraînement permanent dont l’objectif est de muscler notre capacité à repérer, voir, contempler, admirer accueillir et goûter ce que ce monde, par ailleurs abîmé par le péché, a conservé d’aimable

Plus nous serons en mesure de nous émerveiller et d’aimer la création et plus nous serons en mesure de bénir et d’aimer son créateur quand nous Le rencontrerons. A l’inverse, moins nous serons capables d’aimer et d’accueillir son amour et plus sa présence nous sera insupportable e traumatisante. Ce que d’autres vivront comme un paradis nous le vivrons – au sens propre du terme – comme un enfer.

Sans compter que c’est en développant dès maintenant notre capacité d’émerveillement et de gratitude que nous rendrons déjà témoignage et justice à Celui qui «a fait toute chose belle en son temps» (Ecclésiaste 3, 11).

La fin d’un mariage ou la possibilité d’une révélation

La multiplication des échecs conjugaux dans le milieu catholique l’atteste : de plus en plus de mariages présumés sacramentellement valides se révèlent invalides parce que non-viables pour des raisons qui, bien souvent, dépassent la bonne volonté et la sincérité des intéressés. Le bilan pastoral de nombreux prêtres est sans appel : la plupart des mariages sacramentels célébrés dans les formes ne sont pas valables faute de discernement de la part d’au moins l’un des conjoints.De nombreux prêtres le confient en privé. C’en est même un secret de Polichinelle…

Mais dans une société de la consommation où le consumérisme imbibe les personnalités jusque dans les moindres replis de leur psychologie, de leur affectivité et de leur inconscient n’est-ce pas le contraire qui serait surprenant ? Combien de futurs mariés font une claire distinction entre “être amoureux” et “aimer” ?

A cela s’ajoute l’absence trop fréquente de cette maturité psychologique et spirituelle qui grandit normalement au fil des années et qui est l’objet même de l’éducation. De nos jours en effet, et surtout dans certains milieux sociologiquement catholiques, l’éducation se confond purement et simplement avec la réussite scolaire.

Une réussite scolaire qui suppose notamment de délaisser l’étude de ce que l’on appelait “les humanités” et qui avaient pour objet de mieux comprendre la nature humaine et donc de mieux se comprendre soi-même. Une réussite scolaire qui monopolise l’essentiel de l’emploi du temps, accapare toute l’attention et jette le discrédit sur tout ce qui est gratuit : vie intérieure et vie relationnelle. Corollaire : plus de temps pour la vie de prière et surtout plus de raison d’y consacrer du temps. Plus de temps à consacrer à autrui, plus de temps pour lâcher prise et plus de temps pour “prêter l’oreille de son cœur à la voix du Seigneur”.

La maturité spirituelle que l’on pourrait espérer trouver dans les milieux catholiques et qui s’acquiert par la prière, la lecture patiente et la méditation régulière de textes littéraires, bibliques et théologiques a pratiquement disparu. Les conséquences de cette atrophie de la liberté intérieure sont d’autant plus tragiques chez ces catholiques que, contrairement à la plupart de leurs contemporains, ils voient dans le mariage un engagement indissoluble.

1/ Oui au divorce, mais avant le mariage !

Comment être libre quand on n’est encore que l’ébauche de soi-même ? Trop souvent en effet la personnalité de ceux qui aspirent à se marier pour l’éternité n’est ni assez affermie, ni assez affirmée. Heureux ceux qui ont pu découvrir progressivement leurs propres contradictions et prendre conscience d’eux-mêmes à mesure qu’ils accumulaient les déboires sentimentaux ! Heureux ceux qui se sont découverts eux-mêmes avant de se marier et non après !

A force de reproduire les mêmes schémas d’échec on finit parfois par comprendre à quel point la peur de ne pas être aimé peut parasiter le discernement et écourter, voire escamoter, la phase indécise mais indispensable de la libre introspection. La peur de rester seul(e) explique que l’on puisse instinctivement s’interdire de laisser se refermer une fenêtre d’opportunité.

Ce mode de fonctionnement, inconscient, ne présume en rien de la sincérité des intéressés. Mais combien ne se connaissent pas encore suffisamment pour comprendre les ressorts de leur comportement ? Combien ne sont encore que l’ébauche d’eux-mêmes et n’en sont pas conscients ?

A l’inverse un séminariste dispose d’au moins sept ans de réflexion pour se mettre au clair sur lui-même c’est-à-dire sur celui qu’il est et sur ce qu’est sa vocation…

Heureux ceux qui ont connu le divorce avant le mariage en découvrant qui ils étaient en vérité et ce qu’ils voulaient. Mais combien n’ont fait la lumière sur eux-même qu’après coup ?

2/ L’échec conjugal : une apocalypse ?

L’échec d’un mariage ne peut pas être vécu autrement que comme une tragédie, car c’en est une. Et encore plus quand il y a des enfants. On peut essayer de la vivre du mieux qu’on peut, c’est-à-dire en fait le moins mal possible, mais il n’y a pas de divorce réussi. Les conséquences et les séquelles ne disparaîtront pas par enchantement. Malheureusement. Parfois le désespoir est tel qu’on vit cette rupture comme la fin du monde et qu’on se dit que c’est l’apocalypse.

Mais c’est aussi l’occasion d’une apocalypse au sens premier et profond du terme : au sens d’une révélation de choses qui étaient cachées jusque là. Comme toute crise, l’échec d’un mariage peut aussi être la révélation d’un certain nombre de vérités qu’on avait plus ou moins occultées ou que l’on ignorait en toute sincérité.

Ce peut être l’éventualité de découvrir que l’on avait pris nos désirs pour des réalités. Que la réalité ne correspond pas à l’image que nous nous en faisions. Que l’autre est autre que ce que nous imaginions et que nous mêmes ne sommes pas celui ou celle que nous pensions.

Cette plaie ouverte, source de tant de souffrances, peut aussi être une brèche par laquelle passe la lumière. Celui qui croyait savoir ce qu’il voulait et ce qu’il lui fallait pour être heureux découvre parfois que ce qu’il voulait n’était pas vraiment ce qu’il lui fallait. C’est la possibilité de comprendre que l’adage selon lequel « on n’est jamais mieux servi que par soi-même » n’est pas toujours vrai. Quand nos désirs sont des illusions c’est le contraire. Dans ce cas là on n’est jamais mieux asservi que par soi-même.

La souffrance elle-même est à la mesure de l’espoir placé dans le mariage. Elle donne la mesure de l’aspiration à aimer et à être aimé qui se trouve dans le cœur humain. L’échec souligne cruellement la disproportion qui existe entre ce besoin d’être aimé parfaitement et l’imperfection de tout amour humain. Il témoigne que le désir d’être aimé est un désir infini que personne ici-bas ne sera jamais en mesure de combler totalement : “Qui donc pourra combler les désirs de mon cœur, répondre à ma demande d’un amour parfait ? Qui sinon toi Seigneur, Dieu de toute bonté ? Toi l’amour absolu de toute éternité ?” s’interrogeait saint Augustin.

L’échec d’un mariage, malgré et avec toutes les tragédies qui l’accompagnent, peut être la « chance » paradoxale de lever le voile sur ce qui était caché et de se découvrir soi-même en vérité. Cette tragédie peut se révéler une apocalypse, au double sens du terme, si elle permet de faire le deuil de ses illusions et de mieux comprendre que notre vocation fondamentale ne pourra se réaliser pleinement et définitivement qu’auprès de Dieu et que c’est le but unique de notre existence. Comme le disait, une fois encore, saint Augustin : “Plus près de toi, mon Dieu, j’aimerais reposer, c’est toi qui m’as créé et tu m’as fait pour toi, mon cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi”.

On ne peut pas être à la fois signe de contradiction aux yeux des hommes et garant de l’ordre social

Pourquoi la résurgence de l’esclavage dans les pays de chrétienté n’a-t-elle pas provoqué de la part de l’Eglise instituée une réaction aussi impitoyable que l’apparition du protestantisme ? Le commerce triangulaire n’a jamais été un motif de croisade ou de guerre sainte pour une raison très simple : elle ne menaçait ni directement, ni indirectement les intérêts du clergé qui était à la fois, rappelons le, l’un des trois ordres soutenant l’ancien régime et sa caution morale.

A l’inverse, à mesure qu’il se développait et que les grands féodaux se ralliaient à lui, le protestantisme devenait le fer de lance de la contestation de le l’autorité du roi dont le clergé était à la fois l’obligé, l’otage, le complice et la caution morale. On ne peut même pas parler de collusion du clergé avec le pouvoir en place puisque le clergé était lui-même un des piliers du pouvoir en place.

De là découle sans doute aussi la tendance qu’a eu longtemps le clergé à s’accrocher au latin non seulement en tant que langue liturgique mais également en tant que langue d’enseignement. Enseignement de la théologie d’enseignement tout court.

Enseignement de la théologie : saint Jean-marie Vianney faillit ne jamais être ordonné faute de pouvoir répondre en latin aux questions théologiques de ses examinateurs. Il fallut lui permettre exceptionnellement de répondre en français pour qu’il puisse démontrer qu’il avait une intelligence de la foi suffisante pour pouvoir être prêtre.

Enseignement tout court : le savoir c’est le pouvoir. Il suffit de se rappeler le roman de Stendhal intitulé Le Rouge et le Noir, initialement sous-titré Chronique du XIXème siècle puis Chronique de 1830. C’est l’histoire, tragique en l’occurrence, d’un jeune fils de paysan ambitieux qui endosse le « triste habit noir » de séminariste pour effectuer l’ascension social qu’il ne peut plus espérer faire en s’engageant dans l’armée napoléonienne (le rouge). Et son ascension commence quand, enfant, il obtient la protection du curé de son village qui repère ce petit paysan capable de réciter par cœur le Nouveau Testament en latin.

Cela paraît absurde a posteriori mais c’est parfaitement cohérent du point de vue d’un corps constitué qui souhaite tenir les laïcs à distance afin de garder intact son monopole intellectuel et son autorité morale. N’importe quelle corporation entoure de barbelés ses prérogatives et ses avantages comparatifs. De ce point de vue la restriction de l’accès au savoir était un enjeu fondamental.

Elargir la possibilité d’accéder au patrimoine intellectuel et spirituel qui constitue la tradition de l’Eglise pour aider les laïcs à grandir en maturité spirituelle et en discernement aurait eu pour corollaire de les rendre moins dépendants de ce que leur disait le clergé . Pour ce dernier cela revenait à scier la branche sur laquelle ils étaient assis.

De même la méfiance et la suspicion dont ils ont entouré la Bible et qui a été intégrée très largement par les fidèles catholiques eux-mêmes. Elle a été très longue à disparaître, à supposer même qu’elle ait disparu aujourd’hui : je me rappelle qu’une de mes grands-mères, pourtant femme et chrétienne remarquable, m’avait fait part de sa réticence à l’idée que les catholiques lisent par eux-mêmes la Bible qu’elle jugeait trop subversive. Le père Stan Rougier rapporte de ses années de séminaire un témoignage similaire.

De manière générale le manque de formation des laïcs et des parents qui ne parviennent pas à transmettre la foi à leurs enfants parce qu’ils ne parviennent pas à répondre de manière intelligible et convaincante à leurs questions et à leurs objections vient de là.

La trahison des clercs devient inévitable et systématique quand le clergé se compromet avec les pouvoirs mondains. D’accords pragmatiques en compromis raisonnables il aboutit toujours à des compromissions qui trahissent l’évangile et défigurent le visage du Christ aux yeux des hommes dans mais surtout à l’extérieur de l’Eglise. “Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne” (Matthieu 10, 28).

Voilà pourquoi il est paradoxalement souhaitable que le clergé soit en butte aux pouvoirs et aux intérêts du monde : ce n’est pas une garantie mais c’est au moins une forte présomption de fidélité au Christ. Les persécutions, sanglantes ou sournoises, en sont la contrepartie. “Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi” (Matthieu 5, 11).

De ce point de vue le déchaînement de haines souvent hystériques que déclenche le pape François dans certains milieux conservateurs et cercles économiques est une très bonne nouvelle. Paradoxalement elles constituent plutôt un encouragement.

Pourquoi le pape François accorde la priorité à la vérité de l’amour et non à l’amour de la vérité

Que nous le voulions ou non à chaque fois que nous nous exprimons, poussés par le zèle de la vérité, nous parlons toujours – au moins un peu – de nous-mêmes. L’amour de la vérité que nous proclamons ne nous permet que de parler de nous croyons être la vérité, de ce que , dans le meilleur des cas, nous en comprenons.

Avec toute la marge d’erreur inhérente à la conscience humaine – errare humanum est – et dans les limites propres à notre condition d’être humaine qui est celle d’un être limité. Comme le disait Blaise Pascal : « Notre intelligence tient dans l’ordre des choses intelligibles le même rang que notre corps dans l’étendue de la nature ».

Tout homme est en effet exposé en permanence au risque de réduire la vérité à ce qu’il en comprend, à ce qu’il croit en comprendre et surtout à ce qu’il veut en comprendre. Entre l’autosuggestion et le mensonge délibéré la frontière est souvent floue et c’est là que cela devient dangereux : errare humanum est, perseverare diabolicum. C’est vrai dans le domaine profane mais c’est encore plus vrai dans le domaine spirituel. Comme disait le prophète Jérémie : « Le cœur de l’homme est compliqué et malade ! (Jérémie 17,9) ».

C’est pour cela que le prosélytisme en général suscite la méfiance instinctive de nos contemporains et même de beaucoup de chrétiens. Au fond de chacun d’entre nous sommeille la même objection : « Je veux bien croire à leur sincérité mais dans le fond que savent-ils de la vérité ? ». C’est la limite de tous les argumentaires : ils sont cohérents, ce qui est quand même la moindre des choses, mais rarement convaincants.

Sans compter qu’on peut emporter l’adhésion pour de très mauvaises raisons et aliéner autrui avec n’importe quelle religion. Certains missionnaires, catholiques hier, et pentecôtistes aujourd’hui ne sont pas très différents des prêcheurs salafistes. Le bourrage de crâne insistant au début puis aliénant se fait toujours au nom de l’amour de la vérité. Toute religion dominante est une religion aliénante, non pas d’abord en raison de son contenu mais en raison de son statut.

Même le christianisme peut être vécu comme une prison au lieu d’être vécu comme une libération. Et s’il est en si mauvais état en Europe actuellement c’est parce qu’il a été vécu comme tel pendant des siècles et que la réaction de rejet est à la mesure de la pression sociale et du poids moral endurés. La rupture de la transmission de la foi et l’apostasie généralisée d’une grande partie du clergé dans le sillage de mai 68 ne s’explique pas autrement.

C’est ce que dit explicitement le pape François dans La joie de l’amour : « Nous devons être humbles et réalistes, pour reconnaître que, parfois, notre manière de présenter les convictions chrétiennes et la manière de traiter les personnes ont contribué à provoquer ce dont nous nous plaignons aujourd’hui. C’est pourquoi il nous faut une salutaire réaction d’autocritique (Amoris Laetitia, § 36) ».

C’est pour cela que le pape François insiste d’abord sur la miséricorde qui est un des noms de l’amour. Après tout nous serons jugés sur l’amour, pas d’abord sur la théologie !

1/ La vérité de l’amour : c’est quoi ?

Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que l’amour est contagieux et porte des fruits que nous ne soupçonnons même pas.

Quand la fille de pharaon s’est laissée toucher par le bébé hébreu qui dérivait dans son panier d’osier sur le Nil elle a posé un geste d’amour dont les conséquences lui étaient inimaginables : l’émergence de Moïse, prophète de l’Eternel et libérateur d’Israël.

D’ailleurs nous le savons d’expérience : nul ne mesure jamais la portée de ce qu’il fait, en bien comme en mal. En termes profanes on appelle ça l’effet papillon.

Une professeur de français à la retraite m’a raconté, émue, cette anecdote. Elle avait été abordée par un jeune jésuite français plein d’allant qui s’occupait d’enfants dans les bidonvilles de Manille.Elle ne se souvenait absolument pas de lui mais lui se souvenait parfaitement d’elle. Il était venu la remercier de tout ce qu’elle avait fait pour lui. Intriguée la professeur lui demanda de quoi il s’agissait.

L’ancien élève lui répondit alors qu’il avait été son élève en classes de 6ème et de 5ème et qu’à cette occasion elle avait fait découvrir à ses élèves quelques extraits de la Bible et d’Homère. Elle avait même lu et commenté quelques passages de la Genèse. Elle ne s’en souvenait même pas mais pour lui ce fut une expérience extraordinaire qui, de son propre aveu, a joué un rôle déterminant dans sa vie et dans son parcours ultérieur. Très émue, cette professeur a pris le temps de discuter avec lui et découvert l’influence insoupçonnée qu’elle avait exercé dans sa vie.

C’est aussi la trame du film de Franck Capra intitulé La vie est belle (It’s a wonderful life 1946), à  ne pas confondre avec le film homonyme de Roberto Benigni, La vita è bella, réalisé en 1997.

Convaincu que sa vie n’a servi et persuadé, le héros se persuade que la seule chose utile qu’il puisse encore faire pour sa femme et ses enfants est de suicider afin qu’ils bénéficient au moins de son assurance-vie. Il est repêché in extremis par un ange qui lui fait voir ce qu’aurait été la vie de tous ses proches s’il n’avait pas été là pour les aider et les aimer. Il découvre l’horreur qu’aurait été leur vie sans lui. La fécondité des actes d’amour anodins et insignifiants qu’il avait posés lui apparaissent alors.

Le primat accordé à la miséricorde n’est pas une concession à l’air du temps. La priorité du pape François n’est pas de manifester d’abord notre amour de la vérité mais la vérité de l’amour de Dieu.

2/ La vérité de l’amour ou l’effet papillon de Dieu

L’effet papillon est une expérience quel’on peut faire sans être chrétien mais pour le chrétien c’est une vérité de foi parce que c’est le coeur même de sa foi : si l’amour est contagieux et s’il porte du fruit c’est parce que l’amour vient de Dieu. Ou plutôt parce que l’amour c’est Dieu puisque Dieu est amour. « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour »(1, Jean 4,8).

La volonté de Dieu se réalise à chaque fois que nous aimons et que nous posons un acte d’amour alors même que nous ne savons pas ce à quoi cela servir. Nous faisons sa volonté qui, on le sait est mystérieuse et souvent très déconcertante : il n’y a qu’à voir comment Dieu le Père a traité son Fils lorsque ce dernier lui demandait de lui épargner la croix….

Mais si nous croyons réellement à ce que nous disons quand, lorsque nous prions le Notre Père, nous lui disons «que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel» alors nous savons qu’à chaque fois que nous aimons nous contribuons à ce que sa volonté soit faite.

A la différence de la foi d’un musulman ou d’un juif pour lesquels la fidélité à Dieu passe d’abord par l’observation d’une loi, la foi du chrétien lui impose de consentir à se transformer en un corps conducteur de l’amour de Dieu pour les hommes, un peu comme on dit d’un objet que c’est un corps conducteur d’électricité. C’est en effet la seule façon de manifester la nature même de Dieu sans s’interposer entre lui et les hommes sous prétexte de témoigner de notre amour de la vérité.

Mais comme le chrétien sait qu’il n’est pas naturellement un corps conducteur et qu’il aurait plutôt tendance à être un corps isolant il faut préalablement et en permanence qu’il se transforme de l’intérieur ou plutôt qu’il se laisse transformer en profondeur, qu’il change de nature. C’est ce qu’annonce Dieu par la bouche du prophète Ezéchiel quand il dit : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair » (Ezéchiel 36,26) .

La conversion du coeur et l’amour du prochain priment sur l’annonce de l’évangile car la priorité d’un homme en train de mourir de soif c’est de s’abreuver à l’eau du torrent. Ce n’est qu’une fois déshydraté qu’il est en mesure d’écouter ceux qui lui indiquent où se trouvent la source et l’oasis qu’elle a créée pour rendre la vie possible.

L’évangélisation n’est pas devenue superflue avec le pape François contrairement à l’image d’un pape fossoyeur de la foi que ses ennemis au sein de l’Eglise propagent. L’annonce de l’évangile est bien sûr absolument nécessaire mais elle est secondaire dans l’ordre chronologique. Secondaire ne signifie pas accessoire ou optionnelle. L’évangélisation est indissociable de la vérité de l’amour parce qu’elle en est le prolongement naturel et organique.

Mais l’amour de la vérité sera toujours moins convaincant que la vérité de l’amour parce que l’amour de la vérité rend d’abord témoignage à l’amour de la vérité que nous proclamons c’est-à-dire à nous-mêmes. La vérité de l’amour, elle, rend d’abord témoignage à Dieu qui est l’amour.

La vérité de l’amour c’est en effet que l’amour possède une logique intrinsèque et des caractéristiques qui lui sont propres.

“L’amour est patient, il est plein de bonté, l’amour. Il n’est pas envieux, il ne cherche pas à se faire valoir, il ne s’enfle pas d’orgueil”(1, Corinthiens 13,4). Ce n’est pas lui qui inspire à l’Eglise la tentation du triomphalisme, du carriérisme, du cléricalisme et de la mondanité que le pape François dénonce à tours de bras.

“Il ne fait rien d’inconvenant. Il ne cherche pas son propre intérêt” (1, Corinthiens 13,5). Il vient en aide aux victimes des prêtres pédophiles et les aide à obtenir justice plutôt que de chercher à étouffer ou à minimiser le scandale au motif de protéger l’institution.

“Il ne s’aigrit pas contre les autres”. Il ne hurle pas au complot anti-catho quand les médias exhument des scandales que le clergé et l’épiscopat avaient consciencieusement enterrés.

“Il ne trame pas le mal” (1, Corinthiens 13,6) contrairement aux campagnes de dénigrement, de désinformation et de calomnie du pape François qu’orchestrent certains réseaux d’athées pieux dans les milieux catholiques français. Au nom de la fidélité à la Tradition et à la Vérité, bien sûr…..

“L’injustice l’attriste, la vérité le réjouit” (1, Corinthiens 13,6). Ce n’est pas la logique de l’amour qui jette pas l’opprobre de manière indistincte sur tous les réfugiés et tous les migrants en agitant le chiffon rouge des invasions barbares et de la subversion islamiste.

3/ La pédagogie unit la vérité de l’amour et l’amour de la vérité

L’amour de la vérité se manifeste, entre autres choses, par la recherche philosophique et théologique et par l’enseignement. La garantie que l’enseignant n’enseigne pas lui-même mais la bonne nouvelle de Jésus Christ se situe dans la cohérence entre ce qu’il dit et ce que l’Eglise dit depuis 2000 ans. Mais pour que l’enseignement soit vrai il faut aussi qu’il soit authentiquement inspiré par l’amour.
Concrètement cela signifie que celui qui transmet ce qu’il sait et qui fait sa supériorité sur celui qui ne sait pas consent en même temps à renoncer progressivement à ce qui faisait sa supériorité. L’amour vrai est « patient, il est plein de bonté, l’amour. Il n’est pas envieux, il ne cherche pas à se faire valoir, il ne s’enfle pas d’orgueil ».

C’est la différence entre un sourcier et un sorcier : le sorcier fait jaillir une source puis s’en va, laissant les autres libres de s’en abreuver gratuitement et autant qu’ils le veulent. Le sorcier distribue au compte-gouttes son savoir pour garder son auditoire captif et dépendant afin d’asseoir son propre pouvoir. Pour lui le savoir, c’est le pouvoir.

A l’inverse celui qui enseigne par amour accepte de devenir de moins en moins indispensable à mesure qu’il rend autonome son élève, comme un père qui s’efface derrière l’enseignement qu’il transmet à son fils pour l’aider à devenir à son tour un homme libre et autonome. Quand la vérité d’un tel amour se manifeste par la transmission, il passe nécessairement par la pédagogie.

La pédagogie est concrète parce c’est du sur-mesure. C’est la manifestation concrète de l’effort d’imagination, d’observation et d’obstination que nous avons fait pour nous adapter à la tournure d’esprit, au contexte culturel mais aussi au parcours personnel, de cet autrui singulier auquel on s’adresse. C’est quand nous faisons l’effort d’aller vers autrui de manière désintéressée que nous avons la certitude que nous réalisons volonté de Dieu et non la nôtre sous couvert de la sienne.

Il ne s’agit pas tant de se mettre à son niveau – expression la plupart du temps condescendante signifiant « descendre » à son niveau que d’entrer en connexion avec lui en tenant compte de ses insuffisances, ses lacunes, ses besoins, ses atouts et ses attentes, ses blocages psychologiques, ses blessures affectives et ses difficultés spirituelles. On ne peut faire du sur-mesure qu’en le comprenant préalablement.

On ne peut le comprendre qu’en le comprenant de l’intérieur. On ne peut le comprendre de l’intérieur qu’à force de l’aimer car contrairement à la connaissance des choses ou des idées la connaissance véritable des êtres ne peut s’acquérir que dans une relation d’intimité avec eux. Cela n’a rien d’anodin car une telle relation nous engage pleinement. Elle suppose que nous consentions à nous dévoiler, à tomber le masque et l’armure, à exposer nos faiblesses et donc à nous rendre vulnérables.

Tous ceux que je connais qui ont eu la chance de rencontrer et de fréquenter régulièrement le cardinal Joseph Ratzinger, avant et après sa désignation comme pape, disaient tous que quand on le rencontrait et qu’on discutait avec lui on ressortait en ayant l’impression d’être plus intelligents…

Il écoutait avec beaucoup d’attention, de patience et de bienveillance les propos de son interlocuteur puis, quand il prenait la parole, commençait par reprendre ce qu’il estimait juste et vrai dans ce qu’il avait écouté. Puis il le complétait, attirait l’attention de son interlocuteur sur certains de ses présupposés faux ou incomplets et lui proposait une reformulation plus complète et enrichie de liens et de connexions auxquels ce dernier n’avait pas songé. C’est particulièrement évident dans les livres interviews qu’il a accordés au journaliste allemand Peter Seewald Le sel de la Terre (1996) et Lumière du monde  (2010).

La vérité de l’amour transparaît dans l’amour d’une vérité qui nous dépasse et qui se manifeste de manière objective parfois même malgré nous et contre nous : l’amour de Dieu est plus fort et plus fécond que l’image que nous nous en faisons et que les péchés que nous commettons.

C’est pour cela que la vérité de l’amour doit primer sur l’amour de la vérité.

Pourquoi je suis souverainiste et pourquoi je soutiens le pape François

1/ Vagues de migrants et Etat défaillant depuis 40 ans

Le contexte dans lequel arrivent les vagues de migrants est, pour la France et pour de nombreux autres pays européens, celui d’un Etat défaillant.

Un Etat qui ne parvient plus à assurer la sécurité de ses ressortissants parce qu’il ne se donne pas les moyens matériels, financiers et juridiques de sanctionner les délinquants de manière dissuasive.

Un Etat qui ne cherche plus à faire respecter les lois dans certaines zones urbaines et péri-urbaines qui sont de facto des places fortes comparables aux places fortes protestantes sous l’Ancien régime.

Un Etat qui ne parvient pas à promouvoir l’emploi, la solidarité nationale et la prospérité parce qu’il a explicitement renoncé à promouvoir l’emploi au nom de la compétitivité, la solidarité au nom de la dérégulation généralisée et la prospérité générale au nom de la loi du marché qui veut que dans le système capitaliste y ait des gagnants et des perdants.

Un Etat qui a organisé lui-même la rupture de transmission de ce qui fait la culture et l’identité nationale : la langue, l’histoire, la mémoire – ravalée au rang de séances d’auto-flagellation publiques et systématique –, la culture.

Un Etat qui a renoncé à exercer ses prérogatives régaliennes c’est-à-dire à jouer son rôle : monopole de la violence légitime contre les délinquants et promotion de l’intérêt général contre les intérêts catégoriels (lobbies financiers et associatifs, corporatismes de la fonction publique, communautarisme politiquement correct et incivisme).

C’est dans le contexte d’un Etat défaillant qu’arrivent en masse des vagues d’immigrés au sien desquelles on trouve des familles chrétiennes persécutées, des familles musulmanes également persécutées mais aussi des apprentis terroristes qui ont pris le train en marche et des hommes jeunes et dans la force de l’âge qui sont en fait des migrants économiques qui candidatent à l’amélioration de leur sort individuel après avoir délaissé parents, femmes et enfants. On se demande pourquoi ils ne prennent pas les armes chez eux pour défendre leur pays (la Syrie) et/ou de le développer économiquement (pays africains) plutôt que de le déserter et de laisser ce soin à d’autres.

On comprend donc la réaction indignée des Français – et notamment des catholiques ou des sympathisants catholiques – à l’idée de devoir absorber des vagues de migrants indistincts dans un pays déjà miné par l’insécurité, le chômage, la récession la pauvreté1 et l’absence à peu près totale de perspectives pour eux-mêmes et pour leurs propres enfants.

L’exaspération atteint son comble quand ce sont les élites libérales-libertaires qui leur font la leçon et exercent le chantage moral : journalistes et classes politique quisont à cul et chemise depuis des années. Au sens littéral du terme : on ne compte plus les journalistes célèbres ayant épousé ou vivant avec des hommes politiques en vue…

Mais par simple souci de cohérence et d’honnêteté on ne peut pas attribuer au pape François la responsabilité des démissions successives de nos dirigeants. Depuis 40 ans.

2/ Nos dirigeants politiques ne jouent plus leurs rôles mais le pape François, lui, joue le sien

Le point commun du pape et des dirigeants politiques – en théorie du moins – c’est qu’ils sont au service du bien commun, chacun à son échelle : planétaire chez l’un, nationale chez les autres.

De ce point de vue il est normal que le pape rappelle qu’aimer son prochain c’est aimer celui qui est là et qui est à notre portée.

Aimer son prochain c’est aimer celui que Dieu a placé sur notre chemin, pas celui qu’on aurait spontanément choisi. Aimer son prochain comme Dieu nous aime nous c’est aimer autrui non parce qu’il le mérite – je ne mérite pas l’amour de Dieu – mais aimer l’autre parce qu’il en a besoin. Aimer comme Dieu aime c’est prendre l’initiative d’aimer. Sinon il ne s’agit pas de l’amour de Dieu mais de nos propres affinités et nous n’agissons pas conformément à la volonté de Dieu mais conformément à la nôtre. Dans la prière du Notre Père que le Christ nous a apprise on dit au Seigneur “que Ta volonté soit faite” et non pas “que ma volonté soit faite”. Décemment le pape ne peut pas faire autre chose que de marteler ce qui est au coeur de notre foi : un Dieu d’amour qui nous demande d’aimer autrui comme lui nous aime.

Ce qui n’est pas normal en revanche c’est que l’Etat français et les Etats européens aient renoncé à assumer leurs prérogatives régaliennes de contrôle des frontières, de souveraineté nationale pour faire des contrôler les flux qui entrent et faire des choix prudentiels ordonnés au bien commun.

Mais si les Etats et la classe politique ne font pas leur boulot depuis 40 ans et nous acculent à des situations intenables ce n’est pas la faute du pape François ! Que tous ceux qui ont voté pour le traite de Maastricht, le projet de Constitution européenne, pour le PS, l’UMP, les Verts,le Centre et les parlementaires lobbotomisés par des lobbies fassent leur examen de conscience. Mais qu’ils n’aient pas la malhonnêteté de rendre le Pape responsable de leurs propres forfaitures !

Le pape n’a ni le mandat, ni les moyens de se substituer à nos politiques démissionnaires et aux Etats européens défaillants. Il n’a ni le mandat ni les moyens de régler les problèmes récurrents des pays européens. C’est décevant mais ce n’est pas nouveau : il y a 2000 ans déjà le Christ a déçu beaucoup de Juifs en leur disant que son royaume n’était pas de ce monde. Le disciple, François, ne peut pas faire mieux que son maître, Jésus !

Mais surtout il est normal qu’il ne tienne pas compte exclusivement ni même priotirairement des déséquilibres internes que l’arrivée de migrants risque de provoquer. D’abord parce qu’il s’agit de vies qui sont en danger. Ensuite parce que les réfugiés sont les premières victimes de situations géo-politiques imputables à la promotion des Etats-Unis et de ses alliés – à moins que ce ne soient ses vassaux – européens et qu’on ne voit pas au nom de quoi ces mêmes pays européens. Nous, nous ne formons que la deuxième catégorie de victimes. Nous ne sommes pas (encore ?) les plus à plaindre. Donc priorité aux priorités.

Les vagues de migrants sont le résultat de 15 ans de politique américaine au Moyen-Orient à laquelle les gouvernements européens se sont associés pour pouvoir vendre des armes et faire des affaires avec les alliés locaux des Etats-Unis qui sont également les soutiens et les soutiers de DAECH : l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie.

Que le pape considère que le sort de ses réfugiés est moins tragique que le nôtre et que leur sort est prioritaire sur toute autre considération est désagréable à entendre mais normal. Le jour où les Français et les Européens chercheont à migrer et à tout laisser derrière eux pour tenter de sauver leur vie en s’installant, même illégalement, en Syrie ou en Iraq alors nous serons passés dans la première catégorie. Ceci dit je ne suis pas sûr que ce changement de catégorie soit véritablement une promotion.

Qu’il considère que l’urgence prime et que la priorité doit aller à la tragédie non seulement humanitaire mais humaine est également normal.

Qu’il considère que c’est plus grave que l’affaissement de nos propres équilibres et de notre propre cohésion nationale c’est difficile à admettre pour nous mais ce n’est pas illégitime : le pape n’est pas le président du club des pays post-modernes de l’ancienne chrétienté mais le vicaire du Christ pour le monde entier.

Pour le monde entier et pas uniquement pour les chrétiens. Ne serait-ce que parce que si l’on veut annoncer l’Evangile au monde entier la priorité c’est de commencer par aimer ceux auxquels on veut s’adresser. Annoncer un Dieu d’amour sans être capable de fournir un échantillon ne concainc personne Les chrétiens ne peuvent qu’annoncer le Christ : ils n’ont pas d’autre contribution à apporter. Encore faut-il l’annoncer de la bonne manière. Car annoncer le Christ c’est d’annoncer une Bonne nouvelle et pas pratiquer la préférence communautaire. Pour rendre crédible l’amour de Dieu pour nous il faut commencer par rayonner soi-même de cette tendresse, de cette bienveillance, de cette espérance qu’il nous insuffle.

Que le pape François considère le sort des pays européens comme plus enviable que celui de s migrants est normal. La priorité c’est l’homme car c’est l’homme que le Christ est venu sauver. Pas les nations. Les nations passent et ne seront pas ressuscitées, contrairement aux personnes.

3/ Concrètement on fait quoi ?

Concrètement on vote pour un parti souverainsite à la prochaine élection et on vote pour lui en sachant pourquoi, sans s’exciter mais sans se boucher non plus le nez.

C’est quand l’Etat aura restauré le contrôle de son territoire et de ses frontières qu’il pourra lui-même filtrer parmi les migrants ceux qui sont des vrais réfugiés et ceux qui viennent par opportunisme et qui pourraient rester chez eux.

Pour cela il faut que l’Etat retrouve ses instruments de pilotage et qu’il retrouve les moyens de faire une analyse de la situation indépendante de celles des lobbies qui gravitent à Bruxelles autour des institutions européennes et qui sont dédevenus prescriptrices des normes nationales.

Tant que la mobilité des capitaux et de la main-d’oeuvre – c’est moins glamour que de parler de la liberté d’aller et de venir mais c’est plus authentique – seront érigés en dogmes intangibles jamais l’Etat et nos gouvernants ne reprendront la main.

Jamais ni les Français ni les Syriens ne pourront espérer de nouveau vivre et travailler au pays ce qui est pourtant l’aspiration de ceux qui veulent simplement vivre et vivre simplement. Vivre et travailler au pays, c’est le désir spontané de la plupart des hommes et ce quels que soient les continents. C’est quelque chose à prescrire plutôt qu’à proscrire. Et pas seulement pour les chrétiens d’Orient.

A contrario l’immigration de masse n’est pas un phénomène spontané : c’est parfois une arme géopolitique et le plus souvent un phénomène organisé au bénéfice d’un petit nombre d’intérêts économiques. C’est un phénomène organisé mais pas en vue du bien commun.

Aujourd’hui l’immigration de masse sert à mettre en concurrence sur le marché du travail des autochtones précarisé et des prolétaires importés pour faire jouer les salaires à la baisse. C’est parce que Angela Merkel a d’abord écouté complaisamment la voix du patronat allemand – qui avait besoin d’une main-d’œuvre nombreuse et bon marché – qu’elle a, en un premier temps, annoncé qu’elle ouvrirait grand ses frontières.

L’importation massive de prolétaires déracinés au détriment d’aurtochtones fragilisés n’est en rien une marque d’amour du prochain. C’est la forme moderne de l’exploitation de l’homme par l’homme. Ça n’est bon que pour ceux qui organisent cette transhumance inhumaine (grand patronat, organisations mafieuses, associations anti-racistes salariées par l’argent public) mais pour personne d’autres et certainement pas pour les pays d’origine des migrants.

La préférence supranationale est en grande partie responsable de leur déclin puisqu’on siphonne leurs forces vivres sous le regard complaisant de leurs dirigeants. La complaisance de ces derniers est d’autant plus assurée qu’elle est tarifée. Les fonds versés au titre de la coopération et du développement finissent invariablement dans les caisses des dictateurs « amis de la France » ou « pro-occidentaux » et de leur clientèle.

Ce système où les pauvres des pays riches payent pour les riches des pays pauvres est en effet la garantie que le cercle vicieux de l’immigration de masse ne sera pas rompu. Car il s’agit bien d’un système vicieux ou, pour reprendre la terminologie de saint Jean-Paul II, d’une « structure de péché ». Comment en effet un pays pourrait espérer se développer quand chaque année il est privé de ses ressortissants les plus jeunes, les plus courageux et parfois les plus instruits qui vont tenter leur chance en France en croyant y trouver un eldorado qui n’existe que dans leurs rêves ?

C’est cela que dénonce le pape François quand il dénonce l’égoïsme des pays riches c’est-à-dire des choix géo-économiques reconduits depuis des décennies par leurs élites dirigeantes. Toutes les femmes et les hommes politiques qui, par conviction ou par démission, ont ratifié ou appliqué les accords de Schengen qui interdisent désormais à l’Etat français de décider qui a le droit de venir s’établir sur son sol et qui doit s’en aller sont responsables des flux incontrôlés de migrants, réfugiés ou migrants économiques, parce que ce sont eux qui ont pavé la voie et qui ont lié les mains des Etats.

Cette condamnation, il a raison de la faire : il défend le bien commun à l’échelle planétaire.

A nous d’être cohérent et de défendre le bien commun à l’échelle de notre pays en votant pour un parti résolument souverainiste qui s’autorisera enfin à aborder la question du bien commun dans le cadre de nos frontières.

Mais il ne faut pas reprocher au pape François de ne pas le faire à notre place….

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