Impressions de lecture

Avez-vous déjà fait l’expérience lors d’une soirée de suivre un dialogue intéressant entre deux personnes qui ne s’adressaient pas particulièrement à vous et qui ne cherchaient pas à vous convaincre mais dont les échanges vous semblaient suffisamment intéressants pour les écouter et pour y réfléchir après coup ?

C’est l’expérience que j’ai faite à la lecture d’un dialogue entre Dominique Wolton et le pape François intitulé Politique et société. Ce n’est pas à proprement parler un livre d’entretiens au sens où il s’agirait d’une longue interview sur le modèle du Choix de Dieu réalisé par le même Dominique Wolton et Jean-Louis Missika avec Jean-Marie Lustiger en 1989.

C’est d’abord une conversation à bâtons rompus entre deux individus qui échangent dans un climat de confiance et de bienveillance. D’où quelques redites, une discussion part parfois dans toutes les directions et un Dominique Wolton qui s’exprime autant que le pape François voire plus par endroits. Ce n’est donc pas un travail de journaliste : Dominique Wolton n’a jamais été journaliste et n’a jamais prétendu l’être.

Une fois admis ces prémisses je pense qu’on peut se plonger avec profit dans la lecture de ce dialogue. Je livre ci-dessous mes impressions de lecture dans l’espoir que cela incitera les lecteurs de cet article à devenir des lecteurs de Politique et société.

1/ Mettre l’accent sur la pédagogie et le discernement

Toutes les personnes qui ont eu la chance de s’entretenir en privé avec le pape émérite Benoît XVI s’accordaient à dire que, lorsqu’on avait une discussion avec lui on en ressortait plus intelligent… et donc plus libre.

Le cardinal Ratzinger, dont la culture théologique et l’intelligence dépassaient largement celle de la plupart de ses interlocuteurs même les plus brillants, se mettait toujours à l’écoute et au niveau de celui ou de celle qui lui parlait. Il reformulait positivement l’objection qui lui était faite ou la question qui lui était posée, puis complétait, élargissait et, le cas échéant, corrigeait parfois ce qui devait l’être mais toujours avec délicatesse et en explicitant. Il amenait ainsi son interlocuteur à un niveau supérieur de compréhension (à moins que ce ne soit à un niveau plus profond ?).

 Il était toujours animé du souci de l’accompagner en marchant à ses cotés et surtout à son rythme afin de l’éclairer pour le rendre plus libre. Chez Joseph Ratzinger l’amour de la vérité était indissociable de la vérité de l’amour qui s’incarnait dans une pédagogie sur-mesure.

C’est la même attitude que l’on retrouve chez le pape François. En bon jésuite, il conçoit son pontificat en jésuite c’est-à-dire qu’il cherche à se comporter comme directeur spirituel universel et, comme tout bon directeur spirituel, il invite ceux auxquels il s’adresse à exercer leur propre discernement. Il les invite à discerner ce qui est bon dans leur vie non seulement pour s’y tenir mais surtout pour en faire le point de départ d’un cheminement au cours duquel ils pourront faire ou approfondir l’expérience de Dieu.

Cette attitude n’a rien de nouveau en elle-même mais il faut croire que, compte tenu du poids des mauvaises habitudes accumulées, ce programme de conversion intérieure et de changement d’attitude constitue une vraie révolution culturelle.

Elle explique également le malaise de ceux qui souhaitaient une réponse catégorique – dans un sens ou dans un autre – à la question de l’accès à la communion des divorcés-remariés. La réponse pontificale était en effet de discerner avec les intéressés.

Comme à son habitude le pape le dit avec une simplicité désarmante: « Hélas, nous les prêtres, nous sommes habitués aux normes figées. Aux normes fixes. Et c’est difficile pour nous, cet accompagner sur le chemin, intégrer, discerner, dire du bien. Mais ma proposition, c’est bien ça ».

D’où les réticences du pape François vis-à-vis, non pas de la doctrine ou de la morale, mais d’une approche doctrinale ou simplement morale des problèmes et des drames contemporains. D’où l’incompréhension et l’exaspération de ceux qui n’attendent pas autre chose du pape et qui, pour cette raison, ne peuvent pas ou ne veulent pas écouter des propos qui ne correspondent pas à leurs attentes.

Mais si sa proposition est typiquement jésuite elle est surtout typique de Jésus qui accompagne les pèlerins d’Emmaüs sur le chemin, les interroge et les éclaire sur le sens des Ecritures avant de se révéler à eux dans la fraction du pain. Ou de Jésus qui s’adresse à la Samaritaine en partant de sa préoccupation concrète (elle veut puiser de l’eau) et non de sa situation maritale illégitime (l’homme avec lequel elle vit n’est pas son mari[1]) ou de son appartenance aux Samaritains, les hérétiques irrécupérables aux yeux de juifs pieux.

Dieu, quand il se fait homme en Jésus Christ, s’adresse à chaque personne individuellement, sans l’enfermer dans ses erreurs ou ses fautes, mais en faisant du sur-mesure.

2/ La communication comme acte d’humilité et de charité

C’est sans doute pour cela que le pape François insiste beaucoup sur la communication authentique qui n’est pas d’abord une transmission d’informations mais d’abord un acte relationnel c’est-à-dire un acte d’humilité et de charité.

C’est un acte de charité dans la mesure où il consiste à sortir de soi-même pour aller chercher l’autre là où il est et là où il en est. C’est un acte d’humilité dans la mesure où il consiste à faire le premier pas vers l’autre et à s’ajuster à lui plutôt que d’attendre de lui qu’il fasse l’effort de s’adapter à moi. C’est un acte relationnel qui consiste à apprivoiser autrui et à se laisser apprivoiser par lui pour pouvoir cheminer à ses côtés et aller à son pas au lieu de lui imposer le nôtre.

L’attitude que le pape François développe et explicite n’est pas nouvelle puisqu’elle est celle de Dieu le Père qui fait le premier pas vers Abraham et celle de Dieu le Fils qui s’incarne – dans une étable qui plus est ! – pour rejoindre l’humanité.

C’est ce que nous rappelle saint Paul : « Le Christ Jésus ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (2, Philippiens 6-8).

C’est ce qui explique la sévérité du pape François vis-à-vis du cléricalisme car il y voit un contre-témoignage inadmissible car trop lourd de conséquences : « Les voici, les deux faiblesses graves que je connais : le cléricalisme et la rigidité (…) Je n’aime pas quand je tombe sur un prêtre qui dans sa paroisse a affiché ses disponibilités de telle heure à telle heure. Et quand le fidèle dit d’accord, qu’il y va à l’heure indiquée et qu’au lieu de trouver un prêtre, il tombe sur une secrétaire, parfois un peu revêche, qui lui a dit que le père est trop occupé ! Ça c’est l’anti-communication et l’anti-évangile… »

Le pape François ne concevant pas autrement la communication que comme un acte de charité, il considère logiquement le refus de la communication ou sa contrefaçon (ce qui revient au même) comme un refus de la charité et donc un refus de Dieu : « Communiquer c’est s’abaisser comme le fait le Christ avec l’homme ».

Sa dénonciation du cléricalisme n’est pas une concession démagogique à l’air du temps. Sa préférence pour les pécheurs qui se reconnaissent comme tels a pour corollaire l’inquiétude que suscite chez lui la rigidité parce qu’elle est facteur de stagnation voire de régression spirituelle et donc humaine. C’est la version inquiète du fameux adage « Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière ».

3/ Reconnaître son propre péché pour pouvoir accueillir la grâce.

Là encore rien de superficiel ou de futile dans ses propos mais la vive conscience que le Christ est venu pour les pécheurs et non pour ceux qui se croient bien portants : « derrière chaque rigidité il y a une incapacité à communiquer. Quand je tombe sur une personne rigide, surtout un jeune, je me dis aussitôt qu’il est malade. Le danger est qu’il cherche la sécurité ».

A l’inverse les faiblesses et les péchés qui sont assumés et reconnus comme tels l’inquiètent peu : « La richesse de l’Eglise se trouve là : chez les pécheurs. Pourquoi ? Parce que quand tu te sens pécheur, tu demandes pardon, et ce faisant, tu lances un pont ».

Les péchés et les faiblesses assumés et reconnus peuvent constituer le point de départ d’un cheminement et d’un itinéraire spirituel, à l’image de celui de saint Augustin ou du bienheureux Charles de Foucauld. C’est pourquoi le pape François dit explicitement : « Moi j’ai peur de la rigidité. Je préfère un jeune désordonné, avec des problèmes normaux, qui s’énerve…car toutes ces contradictions vont l’aider à grandir ».

Quant aux stratégies d’évitement et aux dénis de réalités qu’inspire la rigidité à ceux qui en sont atteints il est d’une lucidité à la fois sereine et sans complaisance : « Les hommes qui sont malades psychologiquement le pressentent inconsciemment. Ils ne le savent pas mais ils le sentent et vont chercher des structures fortes qui les défendent dans la vie. Ils deviennent policiers, ils s’engagent dans l’armée ou dans l’Eglise. Des institutions fortes pour se défendre. Ils font bien leur travail, mais une fois qu’ils se sentent en sûreté, inconsciemment, la maladie se manifeste. Et là surviennent les problèmes ».

Quand il parle de ceux qui fuient leurs faiblesses en entrant dans l’Eglise, on ne peut que penser aux invectives de Jésus contre les pharisiens : «  Malheur à vous, spécialistes de la loi et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des tombeaux blanchis qui paraissent beaux de l’extérieur et qui, à l’intérieur, sont pleins d’ossements de morts et de toutes sortes d’impuretés » (Matthieu 23, 27).

4/ Partir du concret

Un aspect très intéressant de ce dialogue est qu’il permet de constater que le pape François ne raisonne pas à partir de principes abstraits mais qu’au contraire il part toujours de la complexité du réel avec toutes ses contradictions : la personne telle qu’elle est et dans la situation qui est la sienne au moment où on la rencontre ; mais aussi les données politiques complexes et la réalité intime du peuple.

Il ne prône absolument pas la disparition des identités, au contraire : « Concernant le dialogue interreligieux, il doit exister mais, on ne peut pas établir un dialogue sincère entre les religions si l’on ne part pas de sa propre identité. J’ai mon identité et je parle avec la mienne ».

A Dominique Wolton qui lui parle des migrants il répond : « Oui on peut en parler, toutes les religions parlent des réfugiés. Mais il y a des problèmes politique, et certains pays n’ont pas assez de place, d’autres n’ont pas le courage nécessaire, et d’autres ont peur. D’autres n’ont pas su intégrer les immigrés et ils les ont ghettoïsés. C’est très complexe. Considérons le problème des Africains, par exemple. Ils fuient la guerre et la faim. Et quand il y a la guerre et la faim chez eux, le problème arrive ici ensuite. On doit aussi se demander : pourquoi y a-t-il une guerre là-bas ? Qui donne les armes ? »

L’intérêt des propos du pape François est de partir de la complexité du réel sans en tirer argument pour escamoter les questions qui fâchent. En partant des situations concrètes il pose des questions concrètes qui sont souvent des questions tabou c’est-à-dire, au sens littéral du terme, des questions dont on ne parle pas parce qu’elles sont trop embarrassantes.

« Le problème commence dans les pays d’où viennent les migrants. Pourquoi quittent-ils leurs terres ? Par manque de travail ou à cause de la guerre. Ce sont les deux principales raisons. Le manque de travail, parce qu’ils ont été exploités – je pense aux Africains. L’Europe a exploité l’Afrique… Je ne sais pas si l’on peut le dire ! Mais certaines colonisations européennes… oui, elles l’ont exploitées (…) la première chose que l’on doit faire, et je l’ai dit devant les Nations Unies, au Conseil de l’Europe et partout, c’est de trouver, là-bas des sources de création d’emplois, et d’y investir ; il est vrai que l’Europe doit investir également chez elle. Car ici aussi, il y a un problème de chômage. L’autre raison des migrations, ce sont les guerres. On peut investir, les gens auront une source de travail et n’auront plus besoin de partir, mais s’il y a la guerre, ils devront tout de même fuir. Or, qui fait la guerre ? Qui fournit les armes ? Nous ».

En braquant les projecteurs sur la question du trafic d’armes il soulève une question très intéressante mais également très embarrassante pour les pays occidentaux. Une question qui n’est pas récente et qui est même récurrente.

Déjà dans l’album de Tintin L’oreille cassée – publié en album de 1935 à 1937  dans les pages du Petit Vingtième – Hergé dénonçait cette réalité en mettant en scène le personnage de Basil Bazaroff, qui fait fortune en vendant les mêmes armes à deux pays belligérants. Ce personnage fictif était inspiré d’un personnage bien réel celui-là : Basil Zaharoff (1849-1936). C’était un marchand d’armes et financier d’origine grecque détenant plusieurs passeports, familier des grands de ce monde et dont la spécialité était d’alimenter tous les conflits en cours en vendant des armes à tous les camps en même temps. Son immense fortune lui permit même de se lancer dans des actions philanthropiques….

Le pape ne fait donc pas œuvre d’originalité quand il déclare : «  nous les leur fournissons pour qu’ils se détruisent, finalement. On se plaint que leurs migrants viennent nous détruire (…) Nous provoquons le chaos, les gens fuient, et nous, que faisons-nous ? Nous disons : Ah non, débrouillez-vous ! Je ne voudrais pas utiliser de mots trop durs, mais on n’a pas le droit de ne pas aider les gens qui arrivent. Ce sont des êtres humains ».

5/Une conception du peuple qui rejoint celle de Georges Bernanos

Partant des réalités concrètes et de la complexité du réel le pape François part et parle beaucoup de la spiritualité du peuple. Non seulement de la piété populaire mais même, de manière plus étonnante, sa théologie : « Le peuple a sa piété, sa théologie. Elles sont saines et concrètes. Fondées sur les valeurs de la famille, du travail. Même les péchés du peuple sont des péchés concrets ». En revanche les péchés de ces théologies idéologiques ont trop d’angélicalité. Les péchés les plus graves sont ceux qui ont beaucoup d’angélisme ».

C’est aussi pour cela qu’il se méfie des contrefaçons du peuple comme la théologie de la libération inventée par des intellectuels coupés du peuple : «  Le peuple n’a jamais accepté ces petits groupes ».

La partie la plus intéressante de son propos sur le peuple c’est justement son refus des contrefaçons idéologiques du peuple, qu’elles soient marxistes ou nationalistes. Il le justifie au nom de la réalité vivante du peuple qu’il distingue toujours de son travestissement en une catégorie intellectuelle, en une construction idéologique, un pur produit de l’esprit de système qui cherche à mettre la réalité au service d’un projet politique arbitraire puisque ne respectant pas la vérité.

 « Le peuple n’est pas une catégorie logique. C’est une catégorie mythique. C’est un mythos. Pour comprendre le peuple, il faut aller dans un village de France, d’Italie ou d’Amérique. Ce sont les mêmes. Et là, on vit la vie du peuple. Mais on ne peut pas l’expliquer (…) pour comprendre le peuple, tu dois vivre avec le peuple. Et seuls ceux qui ont vécu avec le peuple le comprennent ».

Cette idée de catégorie mythique plus que logique c’est un continuum de manières d’être et de se comporter qui se transmet de génération en génération sans forcément être théorisé et qui ne peut être instrumentalisé par le pouvoir politique en place le rapproche naturellement Charles Péguy – «Il a compris le peuple, et très bien » –  mais surtout de  Georges Bernanos  : « Et il y a un autre Français remarquable : Bernanos. Lui, il a compris le peuple, il a compris cette catégorie mythique ».

Bernanos en effet dénonce la réduction de la Patrie à la catégorie juridique de Nation, elle-même réduite à la notion d’Etat pour aboutir à l’appareil d’Etat, sorte de Moloch moderne qui exige des sacrifices humains sous forme de conscription obligatoire au nom d’une raison d’Etat aussi arbitraire que non négociable : « Je sais bien que formulé ainsi mon raisonnement semble paradoxal ; on jugerait aujourd’hui très difficile d’opposer la Patrie à l’État. Cette opposition eût paru pourtant naturelle à nos pères ». Et d’ajouter : «  La Patrie c’était (…) tout ce qu’il avait reçu, tout ce qu’il pouvait transmettre à sa famille, tout ce qui assurait cette transmission – c’était sa famille elle-même, immensément agrandie, mais toujours reconnaissable » (La France contre les robots).

De même le pape François dénonce l’aliénation des peuples en Amérique latine : « Nous sommes sous-développés, mais également sous domination, soumis à la puissance des colonisations idéologiques et économiques. Nous ne sommes pas libres. Certes, nous avons notre façon d’être, mais les multinationales ont fait leur œuvre ! »

Là encore le parallèle avec Bernanos dénonçant l’aliénation du peuple par les puissances de l’argent est saisissant : « D’une manière générale, il est juste d’écrire que la Bourgeoisie, depuis cent cinquante ans, peut être définie : la classe française dont le sort, dès l’origine, s’est trouvé lié à l’économie libérale, qui a défendu pied à pied le régime inhumain de l’économie libérale, qui s’est laissé arracher un par un, ainsi que des concessions gratuites, les réformes indispensables ».

Ou encore quand il écrit :  « Les gens du peuple ont un mot très profond lorsqu’ils s’encouragent à la sympathie. Mettons-nous à sa place, disent-ils. On ne se met aisément qu’à la place de ses égaux. À un certain degré d’infériorité, réelle ou imaginaire, cette substitution n’est plus possible. Les délicats du XVIIème siècle ne se mettaient nullement à la place des nègres dont la traite enrichissait leurs familles » (Les Grands cimetières sous la lune).

Le fait que la vision qu’a le pape François du peuple corresponde à celle de Georges Bernanos devrait rassurer tous ceux qui craignaient que le souverain pontife ne prône le grand remplacement.

Le pape François est le premier à déplorer l’aliénation des peuples par les forces de l’argent et le déracinement forcé auquel les migrants sont acculés. Il n’est pas plus responsable des vagues migratoires que le SAMU n’est responsable des accidents de la route.

Il conçoit l’Eglise comme l’ensemble des baptisés et non simplement comme la hiérarchie ecclésiastique. Il considère également que l’Eglise doit être un hôpital de campagne dans un monde régi par le Prince de ce monde et soumis à l’idole de l’argent. Il rappelle à temps et à contre temps que les migrants doivent être toujours regardés d’abord et avant tout comme des personnes humaines c’est-à-dire comme nos frères. Il joue son rôle de vicaire du Christ sur terre.

De ce point de vue la lecture de Politique et société est un bon moyen de découvrir ce que dit et ce que pense réellement le pape. C’est aussi un moyen salutaire d’échapper aux commentaires malveillants des journalistes spécialisés qui répétaient inlassablement sous Jean-Paul II et Benoît XVI que les catégories droite/gauche ne permettaient pas de comprendre l’action du pape mais qui aujourd’hui suggèrent en couverture de leur publication que le pape François serait partisan puisque de gauche.

Mais peut-être que l’explication de ce mystère réside justement dans le fait que, à l’image des écrivains catholiques français Charles Péguy, Georges Bernanos et Léon Bloy qu’il cite régulièrement, il dénonce l’idole de l’argent…

 

[1]  « Tu as bien fait de dire : Je n’ai pas de mari, car tu as eu cinq maris et l’homme que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit la vérité. » Jean 4, 17-18

Vous y croyez VRAIMENT ? Réponse à Jean-Pascal

Je reproduis ci-après le commentaire que m’a laissé Jean-Pascal après avoir lu l’article intitulé Le puritanisme est une invention du démon.

« Je profite de votre blog, que je trouve intéressant et intelligent, pour vous poser une question sur le catholicisme. Vous croyez VRAIMENT à Adam et Eve, l’existence du Démon, la virginité de Marie, son apparition à Lourde, les miracles, la transformation de l’hostie en corps du Christ, etc? Vous considérez que ce sont des réalités, ou vous y voyez juste des symboles et allégories? Aucune provocation de ma part, juste des questions que je me pose sur la nature exacte de la foi catholique ».

J’ai énormément apprécié sa franchise et j’ai souhaité lui répondre du mieux que je pouvais. Au fur et à mesure que j’écrivais ma réponse le texte prenait des proportions telles qu’il ne pouvait pas tenir dans la rubrique prévue pour les commentaires. Cet article est ma réponse aux questions de Jean-Pascal.

A propos d’Adam et Eve

Certains livres de la Bible expriment des vérités de manière allégorique et symbolique, d’autres de manière factuelle et historique. C’est tout le travail de l’exégèse et ça n’a pas commencé au XIXème siècle (cf les quatre niveaux de lecture de la Bible dégagés par le juif hellénisé Philon d’Alexandrie et repris par Origène, père de l’Eglise du IIème siècle après Jésus Christ).

Ce petit préambule pour clarifier mon propos : je ne crois pas que l’humanité ait été engendrée par un homme seul et une femme seule qui serait tirée de son côté au sens biologique du terme. Tout simplement parce que le récit de la Genèse dans lequel apparaissent Adam et Eve n’a jamais prétendu être un manuel scientifique ou historique sur l’apparition de l’espèce humaine.

Il prétend expliquer les fondamentaux de la condition humaine et répondre à la question du mal qui est sans doute l’objection la plus classique et la plus légitime que les non-croyants font aux chrétiens : « Si votre Dieu est bon et s’il est le créateur de toutes choses pourquoi le mal existe-t-il ? ».

A cela la Genèse répond par l’histoire d’Adam et Eve : le péché n’a pas été voulu par Dieu il a été introduit par le démon. Dieu a fait la création, le Démon l’a contrefaite.

De même quand la Genèse raconte qu’Eve a été tirée de la côte d’Adam, cela n’a pas de valeur biologique mais cela dit une vérité très profonde : l’homme et la femme sont d’égale dignité parce que de même nature.

Ce n’est pas du tout quelque chose d’anodin ni même d’évident aujourd’hui encore. Entre ceux qui théorisent l’infériorité constitutive de la femme au nom du Coran et ceux qui l’infériorisent sans la théoriser en promouvant une culture de la pornographie et de la femme objet au nom de la liberté on voit bien que l’égale dignité de l’homme et de la femme n’est pas ce qui vient spontanément à l’esprit des hommes. Que ce récit soit apparu dans une culture patriarcale et résolument machiste est pour moi un indice de son inspiration divine…

De même la dignité éminente de l’être humain est exprimée par l’ordre même dans le quel Dieu crée l’univers : les minéraux d’abord, les végétaux ensuite puis les animaux et enfin l’homme. L’humanité couronne la création et la femme couronne l’humanité (puisqu’elle est créée en dernier à partir de l’homme). C’est un crescendo continu qui dit la place éminente de l’homme et donc sa responsabilité dans la création et la place éminente de la femme dans l’humanité.

Je crois à toutes ces vérités exprimées dans un langage symbolique. Il me semblerait aussi absurde de nier la vérité de la Genèse que de nier la vérité des Fables de La Fontaine (« Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ») au motif que les animaux ne parlent pas et que ni les corbeaux ni les renards ne se nourrissent de camembert.

A propos du Démon

Oui, j’y crois absolument et sans le moindre problème. D’abord parce que son existence n’est pas plus inacceptable que l’existence de Dieu.

Ensuite parce que l’existence du Démon qui explique l’existence du mal dans un monde par ailleurs créé par un Dieu bon (cf ci-dessus).
Par ailleurs le Christ nous en parle régulièrement : donc soit il est le sauveur et il sait ce qu’il dit, soit c’est un imposteur et il faut passer à autre chose.

Et puis les manifestations sataniques existent bel et bien. C’est une réalité assez attestée dans l’histoire du christianisme et dans d’autres religions.

Mais si Satan se manifeste dans des sommets d’inhumanité il n’apparaît pas toujours ès qualités : songeons à Auschwitz ou à DAESH par exemple.

De manière plus ordinaire le Démon se manifeste par ses effets quotidiens dans notre intimité même comme le constatait amèrement saint Paul :

« mais moi, je suis marqué par ma nature, vendu au péché. Je ne comprends pas ce que je fais : je ne fais pas ce que je veux et je fais ce que je déteste. Or, si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais par là que la loi est bonne. En réalité, ce n’est plus moi qui agis ainsi, mais le péché qui habite en moi. En effet, je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma nature propre : j’ai la volonté de faire le bien, mais je ne parviens pas à l’accomplir. En effet, je ne fais pas le bien que je veux mais je fais au contraire le mal que je ne veux pas. Or, si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, mais le péché qui habite en moi » (Romains 7, 14-20).

De manière générale ne dit-on pas lorsque des comportements sont tellement marqués par le mal que ce sont des comportements inhumains ?

Moi je crois qu’il existe une puissance maléfique qui n’a de cesse de détruire l’humanité de l’homme en l’éloignant de Dieu.

A propos de la virginité de Marie

C’est la conséquence logique du fait qu’elle ait porté Dieu en son sein (d’où son nom de Theotokos mère de Dieu). Que Marie n’ait pas connu sexuellement d’autres hommes avant de s’être mariée ne m’étonne pas. C’était la norme à l’époque. Qu’elle le soit restée aussi après la naissance du Christ non plus. Sauf que là, la question m’est parfaitement indifférente : ça ne change et ça ne retranche rien à ma foi.

A propos des apparitions mariales à Lourdes

Là encore je ne vois pas pourquoi je n’y croirais pas. Je ne dispose pas d’éléments m’incitant à douter des témoignages et de la vie ultérieure de Bernadette Soubirous.

Quand Bernadette Soubirous affirme le 25 mars 1858 qu’une dame lui est apparue et s’est présentée en disant en gascon : « Que soy era immaculada councepciou » (« Je suis l’immaculée conception ») elle répète des paroles qu’elle ne comprend pas et qu’elle s’est répétées pendant tout le trajet jusqu’à son curé de peur de les oublier.

Face à l’incrédulité de ce dernier elle s’est contentée de répondre qu’elle n’avait pas été chargée de le convaincre mais de le lui dire ce que la dame (qu’elle n’identifie pas à la Vierge) l’avait chargé de dire. C’était quatre ans après la promulgation du dogme de l’immaculée conception. Puis elle a dû affronter le scepticisme et l’hostilité de tout le monde : l’Eglise, l’administration préfectorale, la police, son entourage immédiat…

La disproportion entre la cause apparente (Bernadette Soubirous, 14 ans, peu instruite) et l’effet produit (rayonnement spirituel planétaire ininterrompu, guérisons miraculeuses et conversions) m’incite à penser qu’il s’est vraiment passé quelque chose hors du commun même si cela ne fait pas partie du credo. On peut très bien ne pas y croire tout en étant parfaitement catholique.

Mais en ce qui me concerne, je considère que postuler le contraire serait de ma part un acte arbitraire et absurde : quelle cause plus raisonnable pourrais-je trouver comme explication ? Mais surtout ce serait un bon indicateur non pas de la réalité extérieure mais de mes dispositions intérieures. Cela signifierait que j’aurais décidé de favoriser l’hypothèse négative plutôt que l’hypothèse positive en l’absence de critères ou d’indices.

A propose de la transformation de l’hostie en corps du Christ

Ce que l’on appelle la transsubstantiation en théologie est le point le plus difficile non pas à accepter mais à comprendre.

Là encore le fait que je ne comprenne pas tout n’est pas pour moi une objection. Certes ce n’est pas non plus une raison de croire aveuglément pour autant. Mais le fait qu’il existe des mystères ne m’effraie pas : après tout le monde physique ne m’a pas attendu pour commencer d’exister. C’est ce que constatent dans leur domaine tous ceux qui font de la recherche scientifique. Alors pourquoi douter qu’il en soit de même pour le monde métaphysique ?

Je constate chaque jour dans des domaines très différents qu’il existe des phénomènes, des comportements et des gens que je ne comprends pas. Il n’est écrit nulle par que mon entendement doive-t-être la mesure de toute chose.

Et puis par quel « miracle » la réalité matérielle et spirituelle serait-elle nécessairement ajustée à mon entendement ? Ce serait une présomption délirante et certainement pas innocente.

Ceci dit je n’ai pas de mal à croire à la transformation de l’hostie en corps du Christ.

Deux raisons à cela.

La première est que les plus grands saints ont tous manifesté un attachement viscéral à la communion et lui ont accordé la priorité. Je pense notamment à mère Teresa de Calcutta. Mais on pourrait penser à tous les saints qui ont vécu de manière extraordinaire et ont eu un rayonnement qui dépassait leurs vertus et leurs capacités : tous ont attesté de l’importance vitale de l’eucharistie dans leur vie. A défaut de savoir comment ça fonctionne dans le détail je ne peux que constater que ça fonctionne. Plusieurs prêtres extraordinaires comme Nicolas Buttet en Suisse ou le père Guy Gilbert en France en attestent.

La deuxième est que les sectes satanistes n’hésitent pas à profaner des hosties consacrées alors que cela n’aurait aucun sens hors de la présence réelle de Jésus. Or s’il existe quelqu’un qui est bien conscient de la présence de Dieu c’est Satan lui-même : « Tu crois qu’il y a un seul Dieu ? Tu fais bien ; les démons aussi le croient, et ils tremblent » (Jacques 2, 9).

La question pour moi n’est pas de tout comprendre de la transsubstantiation mais d’accueillir le corps du Christ dans l’hostie pour qu’il me transforme. C’est l’application théologique du principe diététique : « On est ce que l’on mange » (en allemand « Man ist was man isst »).  Je n’ai pas besoin de comprendre comment fait mon estomac pour digérer ce que j’avale mais il est essentiel que je me nourrisse.

J’espère avoir répondu à vos questions, cher Jean-Pascal. N’hésitez pas à m’en poser d’autres si vous le souhaitez.

Avec toute mon amitié.

Louis Charles

Le puritanisme est une invention du démon

La Bible nous présente dès l’Ancien Testament un Dieu « lent à la colère et plein d’amour » (Psaume 144). Un Dieu qui ne désire pas la mort du pécheur mais au contraire sa conversion afin qu’il vive (Ezéchiel 18, 23). Un Dieu qui fait toujours le premier pas pour aller vers l’homme (Jean 4,7) ou pour se réconcilier avec lui après chaque rupture (Zacharie 1, 3).

Pourtant c’est trop souvent (encore) avec l’image d’un Dieu sévère, inflexible, désespérant et donc culpabilisant que vivent, hélas, de très nombreux chrétiens…y compris ceux qui théoriquement savent que tel n’est pas le Dieu biblique, le Dieu des chrétiens et celui de l’Eglise catholique.

Et c’est souvent parce qu’ils en ont adopté la même image que de nombreux chrétiens sont devenus non-chrétiens et que de nombreux non-chrétiens manifestent des réactions épidermiques au seul nom de Dieu (la fameuse laïcité à la française).

1/ Une image de Dieu difforme parce que déformée

Si l’image qu’ils ont de Dieu ne correspond pas à ce que Dieu dit de lui-même d’où vient cette image déformée et donc difforme ? S’il s’agit d’une contrefaçon qui est le faussaire ?

L’homme lui-même.

Pourquoi ?

Parce que l’être humain est ainsi fait qu’il ne peut faire autrement lorsqu’il se regarde en face que de constater sa propre misère : « Je ne comprends pas ce que je fais : je ne fais pas ce que je veux et je fais ce que je déteste » (Romains 7, 15).

La seule solution pour un chrétien cohérent c’est de se jeter dans les bras de son Père comme un enfant faible mais plein de confiance dans sa miséricorde. On appelle ça la conversion du cœur. C’est la parabole du fils prodigue.

Mais que se passe-t-il si l’homme refuse – par ignorance ou en pleine conscience cela ne change rien en l’occurrence – la solution que Dieu nous propose et que l’on appelle l’offre de salut ?

La première (fausse) solution et (vraie) tentation consiste à fuir la réalité désespérante avec l’énergie du désespoir en se perdant dans ce que Blaise Pascal appelait « les divertissements mondains ». C’est la tentation de notre société contemporaine. Cette tentation porte un nom que, tous, nous connaissons : la société de consommation.

La seconde tentation consiste à affubler Dieu de nos propres turpitudes et de lui en attribuer l’origine et donc la responsabilité. Nous nous décevons lorsque nous nous contemplons ? Nous projetons sur lui et nous ui attribuons notre désir de punition.

Ne trouvant d’explication ni à ses propres turpitudes, ni à ses contradictions les plus intimes l’être humain est souvent tenté de chercher un coupable. Ce peut-être un bouc émissaire qui est sacrifié pour rétablir une harmonie provisoire au sein d’un groupe humain. Quitte à passer du bouc émissaire symbolique au sacrifice humain sanglant.

Cela peut aussi aller jusqu’à une forme déguisée d’auto-punition par procuration consistant à se désigner coupable soi-même en attribuant la rigueur de ce jugement à Dieu.

Parce qu’au fond nous trouvons, sans oser nous l’avouer explicitement, plus juste et plus conforme au Bien la réaction du fils aîné que celle du père dans la parabole du fils prodigue.

Parce qu’au fond de nous-mêmes nous préférons anticiper une fin effroyable que de vivre dans un effroi sans fin. Parce que nous nous aimons tellement peu qu’il nous semble non seulement improbable mais même obscène que Dieu puisse nous aimer quand même. Quant à accepter réellement qu’il nous aime au point d’avoir accepté de mourir pour que nous vivions c’est tout bonnement scandaleux à vue humaine. : « scandale pour les juifs folie pour les grecs »(1 Corinthiens 1, 23).  C’est une pierre d’achoppement aujourd’hui encore pour nos frères musulmans.

Parce que nous nous faisons spontanément de Dieu l’image d’un super-despote éclairé et qu’à l’inverse nous sommes extrêmement désemparés face à un Dieu qui met sa toute-puissance dans son amour et accepte de se rendre vulnérable. Un tel Dieu nous prend à contre-pied, nous prend au dépourvu, dépasse notre entendement, renverse nos évidences et dépasse tout ce que nous aurions pu imaginer.

Difficile d’admettre un Dieu qui ne punit pas nécessairement les méchants et ne récompense pas nécessairement le juste ici bas. : « il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes » (Matthieu 5, 45).

Difficile d’admettre un Dieu qui refuse d’utiliser sa puissance pour se sauver lui-même : « Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l’instant plus de douze légions d’anges? » (Matthieu 26, 53).

2/ Le puritanisme est une invention du Diable

Cette tentation puritaine n’est pas nouvelle. Elle est même récurrente dans l’histoire de l’humanité et est toujours actuelle. Y compris au sein de l’Eglise.

La doctrine du jansénisme a peut-être disparu en tant que doctrine mais a empoisonné et continue encore d’empoisonner la vie de nombreux chrétiens en hantant leurs représentations et leurs inconscients. De ce point de vue les romans de l’écrivain anglais David Lodge sont très cruellement instructifs (je pense notamment à Jeux de maux).

La tentation du puritanisme est une tentation non seulement récurrente mais c’est la plus diabolique de toutes parce qu’elle détourne de Dieu non seulement ceux qui y cèdent mais, par réaction, ceux qui sont témoins de leurs comportements.

Cette tentation est diabolique parce qu’elle repose sur un triple blasphème.

Premier blasphème : usurper les prérogatives du juge suprême pour se condamner soi-même et l’humanité avec. C’est prétendre se faire prescripteur du Bien et du Mal. C’est le péché originel d’Adam et Eve. Vouloir goûter du fruit de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Contester les prérogatives de Dieu, lui disputer son rôle pour s’affranchir de lui.

Deuxième blasphème : le calomnier en lui attribuant la responsabilité de jugements qui sont les nôtres et non les siens. Lui attribuer la responsabilité de jugements marqués du sceau de notre propre péché alors que seuls ses jugements sont vrais et justes.

« Moi dit le Seigneur, je vois jusqu’au fond du cœur, je perce le secret des consciences. Ainsi je peux traiter chacun selon sa conduite et le résultat de ses actes » (Jérémie 17,9-10).

Troisième blasphème : l’idolâtrie. En nous façonnant un Dieu à notre image, un Dieu qui nous accuse pour soulager le poids de l’angoisse existentielle qui nous accable et qui nous refuse la dignité inaliénable que nous a conféré le vrai Dieu en nous créant à son image, nous commettons le péché d’idolâtrie.

Nous refusons Dieu tel qu’il est, à savoir un Dieu qui est amour : « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour » (1, Jean 4,8). C’est ce manque de foi qui nous pousse à nous confectionner de toutes pièces un Dieu à notre mesure en adorant nos propres désirs c’est-à-dire à nous adorer nous-mêmes, fût-ce en nous enfermant dans le cercle vicieux de notre propre condamnation.

Une idolâtrie qui substitue un Dieu vengeur au Dieu d’amour, qui travestit l’Eternel en lui attribuant des turpitudes humaines.

Voltaire a fait un mot d’esprit célèbre en disant que si Dieu avait créé l’homme à son image, celui-ci le lui avait bien rendu depuis. Ce trait d’esprit est plus profond qu’il y paraît. La tentation de l’anthropomorphisme – se façonner un Dieu à l’image de l’homme – est en fait la tentation la plus sacrilège : celle de l’idolâtrie.

Une idolâtrie qui conduit l’homme à s’accuser lui-même et à refuser la main secourable que Dieu lui tend.

Une idolâtrie qui éloigne de Dieu les bonnes volontés tout en proclamant rester fidèle à la volonté de Dieu n’est-ce pas la marque de celui que la Bible appelle l’accusateur et qui en grec se dit diabolos ?

Le FN ou l’épouvantail providentiel des pharisiens contemporains

Les souverainistes parlent de la situation de la France, de ses maux et des remèdes à apporter à la souffrance de ses habitants. Leurs adversaires politiques et médiatiques préfèrent parler du FN, des turpitudes morales de ses dirigeants, de ses membres, de ses sympathisants et de ses électeurs. Ou ridiculiser François Asselineau. Ou encore organiser la coalition du silence autour des propos et des propositions Nicolas Dupont-Aignan ou encore de Jean-Frédéric Poisson.

Les souverainistes proposent une analyse politique (et donc économique) de la situation de la France qui, à ce titre, est discutable mais qui surtout appelle la discussion pour nourrir le débat démocratique devant précéder l’adoption de mesures politiques.

Leurs adversaires politiques et médiatiques préfèrent se cantonner à un discours relevant moins de la politique que de la démonologie et prennent une posture d’exorcistes. Pourquoi un tel refus du débat politique si ce n’est pour ne pas avoir à rendre de comptes sur les responsabilités qu’ils ont exercées pendant tant d’années ?

La coalition des partis de gouvernement est une réalité qu’ils ont eux-mêmes officialisée depuis les dernières élections régionales en pratiquant le désistement réciproque pour faire barrage au FN. Leur seul objectif n’est pas de nature politique mais électoral. C’est leur seul argument de campagne. Comment croire que ce n’est pas non plus leur seule ambition ?

Visiblement la perspective de voir de nouveaux venus, en l’occurrence de nouveaux élus, prendre des places de députés ou d’élus de la République suffit à les rendre fébriles alors qu’à l’inverse le sort de leurs compatriotes, qui dépend pourtant d’eux depuis des années, n’y parvient pas.

Qui les a vus trembler et s’agiter de la même manière sur les plateaux télévisés en évoquant les ravages du chômage, la montée de la délinquance, la fragilisation des familles en difficulté, le naufrage du système scolaire et les injustices sociales qui en découlent ou le développement ininterrompu de l’immigration illégale qui est pourtant la forme contemporaine de la traite humaine ?

Comment ne pas voir que les postures morales sont adoptées (front républicain) pour cacher des intérêts corporatistes qui n’ont rien à voir avec le bien du pays ?

Comment ne pas voir que les postures morales sont adoptées par des responsables politiques bien plus immoraux que ceux qu’ils dénoncent puisqu’ils bradent depuis des années le bien commun au profit de leur carrière ?

Car on ne peut pas à la fois se prétendre compétents et s’exonérer de ses responsabilités si la France va mal depuis tant d’années, c’est en grande partie à cause des décisions qui ont été prises et de celle qui n’ont pas été prises par ceux qui se sont succédé aux responsabilités depuis 40 ans.

Si vraiment le FN était le danger qu’ils décrivaient ils l’auraient interdit depuis des années lors d’un de leur passage à l’Elysée. Ils se sont bien gardés de le faire. Ils savent qu’il ne représente pas un danger mais au contraire un épouvantail bien commode en période pré-électorale pour noyer le(s) poisson(s) ?

Si l’origine idéologique du FN était vraiment le problème ils n’éprouveraient aucune difficulté à discuter avec les autres candidats souverainistes : ils s’en gardent bien, faute de pouvoir les anathématiser aussi facilement.

Heureusement pour eux qu’il reste au FN quelques militants issus de la première génération représentant ce qu’il a de plus honteux. Mais là encore c’et deux poids, deux mesures. Qui oserait reprocher les accointances des élus socialistes ou LR avec la grande délinquance organisée à Marseille ? Les protections accordées à des voyous en échange de services rendus est une constante dans l’histoire du PS (Gaston Defferre et les frères Guérini) comme à droite (le SAC pour les gaullistes). Deux poids, deux mesures.

Cela n’a jamais été invoqué pour constituer autour d’eux le moindre cordon sanitaire. Et pourtant c’est autrement plus dangereux pour la démocratie et les libertés publiques que quelques vieux révisionnistes qui n’exerceront jamais aucune influence ni morale, ni politique.

A l’inverse la dernière élue qui a commencé à vouloir dénoncer les arrangements entre la classe politique et la voyoucratie dans le sud-est l’a payé de sa vie : elle s’appelait Yann Piat et était un récent transfuge du FN. Mais ça personne ne le rappellera…

Ce n’est pas un hasard si la carte du vote souverainiste se confond avec celle des zones les plus pauvres et les plus frappées par les crises. Pas plus que ce n’est un hasard si leurs adversaires politiques, médiatiques et financiers sont localisés à Paris et dans les grandes villes mondialisées.

Ceux qui profitent de la situation ne veulent pas savoir ce que vivent les autres et, pour étouffer leur contestation, leur font la morale quand ils ne les ignorent pas purement et simplement. Heureusement que le FN leur fournit un repoussoir commode pour détourner le regard de la réalité.

Mais n’est pas là, précisément, ce que le Christ reprochait aux pharisiens ?

« Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt ».
(Matthieu 23, 5)

Catholiques et musulmans : un rapprochement dicté par la nécessité ?

« Bon carême » m’a dit un jour avec un grand sourire une collègue musulmane visiblement ravie de découvrir qu’un Gaulois pouvait s’astreindre lui-aussi à ce qui ressemblait pour elle à un ramadan chrétien. « Bonne Pâque » m’a dit une autre un peu après qui, à défaut d’en connaître la signification, l’avait identifié comme l’équivalent de l’Aïd el Fitr, la fête de clôture du ramadan. Et quand elles ont découvert que je faisais le pèlerinage des maris et des pères de famille, là aussi ça leur a parlé !

Depuis cet épisode ces signes d’empathie se sont multipliés à chaque fois que, dans mon milieu professionnel, mes collègues découvrent que je suis catholique pratiquant et heureux de l’être.

Ces petits signes de connivence, discrets dans un univers professionnel hostile à toute expression du fait religieux et influencé par une conception de la laïcité dévoyée que promeuvent certaines loges sans concierge, sont révélateurs d’une recomposition des clivages au sein de notre société qui, pour être discrète n’en est pas moins irréversible. Comme la tectonique de plaques.

Face aux nihilistes et aux désespérés de la vie on trouvera le camp des croyants qui, malgré leurs différences confessionnelles, se sentiront davantage solidaires parce qu’ils se retrouveront confrontés à même climat d’hostilité au phénomène religieux et à la notion même de morale.

Cela ne signifie pas que le christianisme et l’islam soient des doctrines interchangeables ou qu’ils professent la même morale.

Mais les croyants des deux religions ont en commun de ne pas souscrire à une civilisation qui cantonne le domaine de la foi à une activité relevant purement de la sphère privée au même titre que l’équitation ou la philatélie.

Ce qui les réunit c’est la conviction ferme qu’il existe un Dieu qui est la vérité et que toute notre existence doit s’organiser en fonction de cette conviction. Ne serait-ce parce que l’existence que nous menons ici bas détermine celle que nous mènerons après notre mort.

De même ils croient qu’il existe une différence de nature entre le bien et le mal, que tout ne se vaut pas, que tout ne relève pas de l’opinion majoritaire – même exprimée dans les formes régulières et légales du suffrage universel – et que les comportements privés ont des conséquences sociales.

Un tel rapprochement n’est possible que parce que nous sommes un pays dont les racines sont chrétiennes et non-musulmanes. Il serait impossible et impensable au sein de sociétés majoritairement musulmanes.

Là-bas le droit positif comme les mentalités profondes sont marqués par la charia qui réserve aux non-musulmans un régime d’apartheid en les affublant d’un statut de citoyens de seconde classe appelé dhimmi.

Mais, paradoxalement, un tel rapprochement témoigne aussi de la déchristianisation profonde de notre pays. C’est parce que le nihilisme y est triomphant que des croyants de religions différentes s’y sentent marginalisés et minoritaires. C’est parce que la notion même de bien et de mal est remise en cause que certains prennent le maquis.

L’esprit religieux est par nature assez peu compatible avec le culte du court terme, de l’immédiat, de la pulsion et de la volonté de puissance. Celui qui aspire à se recueillir, ne cherche pas à s’éclater.

Celui qui aspire à mûrir avant de mourir et de renaître à la vie éternelle, ne cherche pas prioritairement à obtenir la satisfaction immédiate et inconditionnelle de ses pulsions. Celui qui cherche à vivre selon le plan de Dieu ne cherche pas à exalter sa volonté de puissance.

Le rapprochement que j’entrevois entre catholiques et musulmans est davantage une alliance contre un monde perçu comme inacceptable qu’un syncrétisme. Il se fera sur une base individuelle et non communautaire.

Il ne concernera que ceux qui cherchent à nourrir leur foi et à en vivre et non ceux qui, croyants sociologiques, se conforment à l’usage majoritaire du moment. Il se fera au nom de la conviction qu’on ne peut séparer les créatures de leur créateur.

Ce ne sera pas l’application de préceptes du Coran que la plupart des musulmans ne connaissent pas voire pas du tout, faute d’être capables de le lire. Et tant mieux car il existe fort heureusement beaucoup de musulmans qui valent mieux que le Coran.

Ce sera l’expression de la religiosité naturelle à l’être humain contre le déferlement de non-sens que nous impose une société de plus en plus nihiliste, la résistance de la conscience humaine contre ce qui contrefait l’homme.

C’est donc une occasion providentielle pour leur annoncer la Bonne nouvelle !

La tentation identitaire ou la tentation de l’idolâtrie

Le débat lancé par le livre d’Erwan Le Morhedec Identitaires : Le mauvais génie du christianisme, a pu surprendre un certain nombre de chrétiens et d’observateurs pour qui le mot même d’identitaire n’évoque rien de précis.

De fait la tendance identitaire est davantage présente sur les réseaux sociaux c’est-à-dire dans un univers encore largement parallèle au monde ecclésial et institutionnel classique. Certaines générations et certains milieux n’ont pas le réflexe de surfer sur Internet et les débats sur la tentation identitaire leur paraissent étranges et leur sont largement étrangers.

Pourtant la tentation identitaire décrite par Erwan Le Morhedec est loin d’être une chimère. C’est au contraire la résurgence d’une vieille tentation qui était celle de l’Action française : annexer la foi catholique et l’instrumentaliser au service d’ambitions politiques mondaines. C’était le fameux slogan « Politique d’abord ». D’où la condamnation de l’Action française par Rome et le tombereau d’insultes et de haines que les militants de l’Action française qui, déjà, se prétendaient plus catholiques que le pape ont déversé sur Pie XI.

La tentation identitaire est réelle mais pas nouvelle. Il s’agit de nier la volonté de Dieu, son projet de rédemption pour l’humanité et le salut apporté par Jésus Christ à tout homme pourvu qu’il accepte de convertir son cœur en profondeur pour que Dieu puisse, comme le disait le prophète Ezéchiel, remplacer les cœurs de pierre par des cœurs de chair (Ezéchiel 36, 25-26).

C’est une manière de remodeler Dieu à notre image et donc de lui substituer une idole. La tentation identitaire qui plane sur certains catholiques n’est pas autre chose que la bonne vieille tentation de l’idolâtrie qui travaillait déjà le peuple d’Israël et dont l’Ancien testament fournit tant d’exemples. Rien de nouveau sous le soleil donc.

Mais il est impossible de comprendre la résurgence d’une telle tendance aujourd’hui dans l’Eglise de France – car l’Eglise c’est l’ensemble des baptisés et pas seulement le clergé – si l’on ne tient pas compte de la déchéance de l’autorité morale et spirituelle de l’épiscopat français depuis les années 1970.

La responsabilité de l’épiscopat dans la dérive identitaire

La perte de confiance du peuple catholique dans ses pasteurs date en effet des années 1970 et la fracture n’a jamais été résorbée depuis. Au cours de ces années l’épiscopat et le clergé français avaient pris prétexte de Vatican II pour justifier leurs propres fantaisies (pastorales théologiques, liturgiques et morales) et in fine leur propre apostasie. Depuis, et sous l’influence de Jean-Paul II notamment, l’épiscopat français est revenu dans les clous mais ce dernier n’a jamais reconquis depuis la confiance qu’il avait perdue. Les bergers ont perdu la confiance de leur troupeau.

Certes tout le clergé et tout l’épiscopat français n’ont pas dérapé dans les années 1970 mais une bonne partie. Pas tous heureusement. Mgr Maxime Charles à la Basilique du Sacré Cœur de Montmartre a formé, entre autres, Jean-Marie Lustiger et le père Gitton. Il a surtout œuvré pour la formation spirituelle des laïcs (adoration du saint sacrement, étude théologique et biblique) afin de les rendre adultes spirituellement… et donc les vacciner contre les mauvais pasteurs.

Mais il leur a aussi confié la responsabilité de la revue Résurrection. C’est à son école qu’a été formée l’équipe française de Communio : Rémi Brague, Jean-Luc Marion, Jean Duchesne, le père Jean-Robert Armogathe, le cardinal Philippe Barbarin etc. Il travaillait en bonne intelligence avec le père Louis Bouyer et était dans la droite ligne de Karol Wojtyla et Joseph Ratzinger.

Il avait pourtant l’habitude de dire : « Dans le domaine politique les évêques français ont reçu une grâce spéciale, une sorte d’infaillibilité qui impose aux laïcs de devoir toujours prendre très au sérieux leurs déclarations et leurs prises de position…car c’est toujours le contraire de ce qu’ils préconisent qui est vrai ».

Des notables plutôt que des pasteurs

La pusillanimité de l’épiscopat est à l’origine de sa démission. Partout où l’on attendrait que les successeurs des apôtres désignés pour être les pasteurs du troupeau soient à l’avant-garde du témoignage et des exemples de courage on les retrouve aux abonnés absents.

Toujours dans le sens du vent, jamais à contre-courant, en décalage permanent avec les attentes et les besoins du peuple chrétien la plupart de nos évêques ont des réflexes de notables plutôt que de pasteurs. Pire, ils maltraitent les prêtres qui agissent en vrais pasteurs : quand on pense que le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine a été refusé à la Chapelle de la rue du Bac, officiellement parce que l’engouement que suscitait sa venue a « inquiété » en haut-lieu…. Bien sûr on pourra opposer quelques exemples d’évêques courageux. Bien sûr il y avait Jean-Marie Lustiger, bien sûr il y a encore Philippe Barbarin, Dominique Rey ou Jean-Pierre Cattenoz. Bien sûr il existe des poissons volants mais, objectivement, ce n’est pas la majorité de l’espèce !

Cette lâcheté molle explique qu’ils limitent leurs discours à l’accueil de l’immigré musulman tout en s’abstenant de lui proposer l’évangile et la Bonne nouvelle. L’évangélisation de nos frères musulmans est le fait d’initiatives isolées (la communauté Eïn Karem, Anuncio) mais ne fait pas partie de la priorité de l’épiscopat. De même la défense de la vie est le combat d’Alliance Vita ou de la Fondation Jérôme Lejeune.

Mais le pire c’est sans doute le refus obstiné de dénoncer les méfaits du capitalisme et de l’exploitation de l’homme par l’homme au nom du dieu Argent dès lors que ces méfaits sont organisés par et dans le cadre de l’Union européenne. L’explication, inavouée et inavouable, est pourtant simple : la Communauté européenne a initialement été créée par des chrétiens authentiques (Alcide de Gasperi ou Robert Schuman) et nos évêques ont toujours encensé la construction européenne quelle qu’en aient été  l’orientation et l’évolution. La peur de se dédire pèse plus lourd que l’option préférentielle pour les pauvres quand il s’agit de l’Europe….

Conséquence logique de cette désertion des pasteurs, le troupeau perd confiance, se disperse ou se rebelle. La tentation identitaire relève de la rébellion contre ceux qui disent mais ne font pas et qui décrédibilisent ainsi tout ce qui sort de leur bouche.

Or, c’est là le drame car ce qu’ils doivent transmettre ce n’est ni plus ni moins que la Parole de Dieu.

La tentation identitaire : faire la volonté de Dieu, que Dieu le veuille ou pas.

Tout croyant est en effet exposé en permanence au risque de réduire Dieu et sa parole à ce qu’il en comprend, à ce qu’il croit en comprendre et surtout à ce qu’il veut en comprendre. Entre l’autosuggestion et le mensonge délibéré la frontière est souvent floue. C’est là que resurgit la tentation identitaire.

Aucun d’entre nous ne veut spontanément entendre que la foi chrétienne est la foi en un Dieu tout-puissant qui a décidé d’avoir besoin de nous pour réaliser le salut de l’humanité.

Tous nous lui préférerions un Dieu musulman qui nous commanderait d’utiliser la force que nous avons spontanément envie d’utiliser.

Tous nous regrettons au fond de nous-mêmes de ne pouvoir exalter notre propre volonté de puissance, sous couvert de faire la volonté de Dieu.

Tous nous préférerions spontanément que la volonté de Dieu se glisse dans le moule de l’identité nationale que nous avons héritée de l’histoire et qu’elle s’identifie à la somme des habitudes de nos familles et de nos milieux. Tous nous préférerions dire à Dieu « que notre volonté soit faite » plutôt que « ta volonté soit faite ».

Tous, moi y compris, préférerions enrôler Dieu derrière notre bannière à l’image de la Wehrmacht qui avait fait graver sur la boucle de ceinturon de ses soldats : « Gott mit uns » (« Dieu avec nous »).

Spontanément je partage cette aspiration et je la comprends puisque je l’éprouve.

Mais c’est également pour cette raison que je peux confesser qu’il s’agit d’une tentation et que, comme toute tentation, elle doit être combattue.

Parce que c’est une tentation c’est une trahison de la volonté de Dieu telle qu’elle nous est révélée dans la Bible et surtout dans la personne de Jésus Christ qui est Dieu fait homme. Nul homme ne peut décemment le contester à moins de se prendre pour Dieu et/ou de contester que Jésus Christ soit vrai homme et vrai Dieu. Ces considérations théologiques sont souvent très étrangères aux identitaires mais si ces considérations leur sont étrangères c’est parce qu’au fond ils n’en ont rien à faire.

Notre fidélité au Christ est toujours partielle et n’est jamais acquise. La conversion de notre cœur est à la fois une activité à plein temps et une activité de chaque instant puisque nous sommes soumis en permanence à la force d’attraction terrestre du Prince de ce monde et que la lutte pour s’arracher définitivement de son orbite ne prendra fin qu’à la dernière seconde de notre dernière heure. Quand on cherche à convertir au Christ son cœur, sa volonté et son esprit, on découvre ce qu’est le mouvement perpétuel…

L’amour du prochain n’est pas la solidarité ethnique

Il est parfaitement légitime de vouloir restreindre la pompe aspirante de l’immigration dans un pays comme la France qui ne parvient déjà plus à garantir la sécurité de son territoire et la prospérité de son peuple. L’immigration de masse n’est pas un phénomène spontané : c’est parfois une arme géopolitique et le plus souvent un phénomène organisé au bénéfice d’un petit nombre d’intérêts économiques. C’est un phénomène organisé mais pas en vue du bien commun. Tarir les flux est une opération de charité universelle tant pour les immigrés que pour les Français. Pour cela il faut réhabiliter l’Etat et ses prérogatives régaliennes.

Tarir le flux est une chose mais que fait-on du stock ? Que faire de tous ces immigrés qui vivent et travaillent déjà chez nous ? Que faire de ces réfugiés qui ne peuvent pas rentrer chez eux sous peine de se faire massacrer ou exploiter ?

Certains identitaires, que l’on n’avait jamais entendus sur les questions de pauvreté et de précarité sociale, se sont récemment signalés médiatiquement en versant des larmes de crocodiles sur le sort de SDF français négligés au profit de réfugiés de fraîche date.

Mais la comparaison est fausse parce que faussée et donc mensongère. Le problème des SDF est beaucoup plus complexe qu’un problème de logement. Le problème est plus profond : il s’agit de gens tellement désocialisés qu’ils ont perdu le contact même avec leurs familles. Ce n’est pas des associations ou, pire encore, des administrations qui ont les moyens de résoudre en profondeur de tels drames humains. A l’inverse aider matériellement des familles est davantage à leur portée. La tentative de mise en concurrence des SDF et des familles de réfugiés vise à comparer deux réalités qui ne sont pas comparables.

Mais surtout elle trahit une conception faussement chrétienne et vraiment païenne de la solidarité car aimer son prochain c’est aimer celui qui est nous est proche, pas celui dont on se sent proche. C’est choisir de chercher à aimer celui que l’Esprit saint a placé sur notre chemin, pas suivre nos affinités électives.

« Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? » (Matthieu 5, 46)

Aimer son prochain c’est aimer celui que Dieu a placé sur notre chemin, pas celui qu’on aurait spontanément choisi.

Aimer son prochain comme Dieu nous aime, c’est aimer autrui non parce qu’il le mérite – je ne mérite pas l’amour de Dieu – mais aimer l’autre parce qu’il en a besoin.

Aimer comme Dieu aime c’est prendre l’initiative d’aimer.

Sinon il ne s’agit pas de l’amour de Dieu mais de nos propres affinités et nous n’agissons pas conformément à la volonté de Dieu mais conformément à la nôtre. Dans la prière du Notre Père que le Christ nous a apprise on dit au Seigneur « que ta volonté soit faite »et non pas « que ma volonté soit faite ».

Tel est le cœur de la foi chrétienne : un Dieu d’amour qui par amour a accepté de se faire crucifier pour nous et pour nous sauver. Il s’appelle Jésus Christ et les chrétiens n’en ont pas d’autres.

« Nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs » (1 Corinthiens 1, 23-24)

On comprend que les identitaires païens comme Alain de Benoist s’adressent aux chrétiens qu’ils veulent rallier en commençant par leur dire : « Mettons de côté ce qui nous sépare ».

Le Christ est notre seule identité

Il est absolument vital pour annoncer l’évangile à nos compatriotes et à nos contemporains de ne pas assimiler la société française actuelle au christianisme.

C’est pour cela qu’il est non seulement faux de soutenir que la France est une terre chrétienne alors que 90% de la population est composé d’athées, d’agnostiques ou de musulmans mais il est encore plus faux de soutenir que nos mœurs sont chrétiennes.

Les mœurs françaises contemporaines reposent sur un déni de réalité et donc un mensonge : la négation du péché originel. Cela consiste à ne pas vouloir admettre que le mal jaillit d’abord du cœur de l’homme et que c’est seulement ensuite qu’il se matérialise sous la forme de l’exploitation de l’homme par l’homme, de l’égoïsme consumériste, de l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants, du trafic des migrants, de la mise à mort des plus faibles (enfants à naître, personnes âgées), de la marchandisation du corps des plus pauvres (trafic d’organes, GPA-PMA), du saccage de l’environnement et du cadre de vie de nos descendants pour la jouissance de quelques-uns. Ce refus d’admettre la rélité du péché originel est un déni de réalité également partagé par les post-modernes et par les identitaires.

La vérité c’est que nos mœurs collectives ne sont pas chrétiennes parce qu’elles sont marquées du sceau du péché à l’échelle individuelle et collective. Pour que la France change de mœurs il faut qu’un maximum de Français change leurs cœurs pour tarir la source du mal.

Pour cela il faut se convertir au Christ : accueillir son amour, confesser nos péchés et marcher à sa suite en obéissant à son commandement d’amour avec la certitude qu’en cherchant d’abord le royaume et la justice de Dieu tous les biens que nous pouvons espérer ici bas nous serons donnés de surcroît (Matthieu 6, 33).

Or, en soutenant que la France est encore chrétienne, les identitaires signifient implicitement qu’il est inutile d’évangéliser la majorité des Français qui ne sont pas chrétiens et d’appeler à la conversion la petite minorité de ceux qui sont censés l’être.

Dans le livre-entretien intitulé Le sel de la terre, le cardinal Joseph Ratzinger expliquait au journaliste qui l’interrogeait que le temps d’une chrétienté où l’Eglise était l’épicentre de la société européenne était définitivement révolu et que l’avenir du christianisme en Europe passerait de plus en plus par des foyers spirituels à fort rayonnement situés dans les grandes villes…comme il en était au début du christianisme.

En ce sens il prédisait un retour aux sources et un appel à la réévangélisation de l’Europe. Un peu à l’image de ces moins irlandais qui, fraîchement convertis par saint Patrick, se sont répandus dans toute l’Europe continentale pour réévangéliser un continent entièrement ravagé par l’arianisme.

Au fond c’est normal puisque le Christ est notre seule identité, lui qui est « la voie, la vérité et la vie »(Jean 14, 6).

Selon quels critères voter ?

Actuellement, aux Etats-Unis comme en France les campagnes électorales ont davantage tendance à semer la confusion dans l’esprit des électeurs indécis qu’à les éclairer.

Au jeu des petites phrases, de la communication, du story telling, de la diabolisation de l’adversaire et des promesses qui n’engagent que ceux qui les croient les citoyens qui n’ont pas encore cédé aux démons de l’abstention sont le plus souvent désorientés.

Certes, on n’a pas souvent le choix de voter pour un candidat dans lequel on croit vraiment et on se rabat souvent sur le moindre mal : après tout la politique n’est-elle pas l’art du possible ?

Mais là encore,l’électeur déboussolé que je suis est perplexe. Quand je discute avec des amis par ailleurs aussi sincères et instruits que moi, nous aboutissons à des conclusions souvent très éloignées : le moindre mal de l’un est rarement le moindre mal de l’autre.

1/ Le vote, une question de confiance plus que d’expertise

Pourtant l’élection présidentielle est moins le choix d’un programme – qui ne sera jamais de toute manière et dans le meilleur des cas que partiellement appliqué – que le choix d’un homme ou d’une femme auquel ou à laquelle on décide d’accorder sa confiance.

D’abord parce qu’on n’a pas toutes les compétences requises pour juger de la pertinence de tous les articles de son programme : il faudrait réunir des compétences que même aucun candidat ne réunit à lui seul et que seule une équipe de spécialistes particulièrement affûtés est susceptible d’avoir. Tout ce que l’on peut espérer c’est que le ou la futur(e) élu(e) connaisse les enjeux, leurs tenants et leurs aboutissants ainsi que ce qu’impliquent et ce que présupposent les décisions politiques à prendre.

Ensuite parce que dans le domaine politique comme dans la vie en générale tout se résume in fine à une question de confiance c’est-à-dire de foi : à un moment on décide d’accorder ou de refuser sa confiance à son médecin, à son potentiel conjoint, à son employeur, à son employé et à Dieu lui-même : on décide non pas seulement de croire qu’Il existe mais de croire ce qu’Il me dit…ou pas.

Le choix d’un candidat c’est LA question de confiance. Oui mais on ne fait pas confiance à l’aveugle. Alors selon quels critères accorder sa confiance ?

2/ Ne pas accorder sa confiance au hasard

Les recommandations de mes proches reflètent souvent celles de mon milieu d’origine avec tout ce que cela comporte de représentations et d’idées arbitraires et de préjugés plus ou moins conscients. Pour la même raison prendre systématiquement le contrepied de mon milieu d’origine n’est pas moins arbitraire. Il faut exercer son discernement.

Certes mais sur quels fondements ? Dans ce domaine les recommandations de l’épiscopat français sont tellement vagues qu’elles sont nulles au sens premier du terme : elles sont nulles et non avenues parce qu’elles ne proposent rien de concret et de clair. Par peur de se fâcher avec une partie de leurs ouailles ? Par peur de voir la foi catholique instrumentalisée au service de causes et d’ambitions mondaines ? Parce que notre épiscopat n’y voit pas plus clair que le reste de la société ?
Quelle que soit la réponse que l’on donne à cette question le constat s’impose à moi : je ne peux pas compter sur l’épiscopat pour éclairer mon choix.

C’est pourquoi je me suis interrogé sur les critères qui me permettraient de propose de déterminer mon choix et j’en ai trouvé trois. Je ne sais ce qu’ils valent mais je les mets au pot commun en me disant que dans le pire des cas ils ne serviront à rien et n’éclaireront personne – et que ça me mettra au moins au même niveau que les journalistes politiques – et que dans le meilleur des cas cela servira peut-être à quelque chose.

3/ Quel est son programme ?

La question est moins de savoir les promesses qu’il fait ou ses déclarations d’intention que la philosophie qui sous-tend et que sous-entend sa vision du monde, qui détermine ses priorités et qui définit sa méthode.

Cette question est essentielle et pourtant elle n’est jamais clairement assumée. Elle porte en effet sur la question du bien commun ? Aborder la question revient à poser au candidat la question suivante : “Avez-vous une conception du bien commun” ?

Considère-t-il qu’il existe des objectifs à atteindre qui soient bons en eux-mêmes ou considère-t-il que le bien se définit exclusivement de manière négative en laissant les uns et les autres interagir dans le cadre de la loi positive ?

Considère-t-il avoir la responsabilité prioritaire du bien de son pays ou considère-t-il qu’il est comptable de ses actes à la communauté internationale prioritairement ? Fait-il une différence entre ce qui est moral et ce qui est légal ou bien le respect de la loi et du droit se confond-il pour lui avec le bien ?

Sa conception du bien commun est-elle celle d’un bien commun concret et effectif ou le respect de principes abstraits ?

Tient-il compte des besoins spécifiques et des aspirations de son peuple ou bien considère-t-il que le peuple ne sait pas ce qui est bon pour lui et qu’il a pour mission de lui imposer ce qu’il estime être bon ?

Quand le peuple s’exprime par référendum, respecte-t-il son choix au nom de la souveraineté du peuple et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?

4/ Quel est son bilan ?

La plupart des candidats et des candidates ne sont pas des novices. Ils ont exercé des responsabilités politiques locales et le plus souvent nationales.

Le candidat pour lequel on envisage de voter a-t-il fait un bilan critique de son action politique passée ? A-t-il reconnu ses fautes éventuelles et ses responsabilités ? A-t-il fait un retour d’expérience comme on dit chez les militaires pour tirer les erreurs à ne plus reproduire à l’avenir ? Cet examen critique porte-t-il uniquement sur des choix tactiques ou sur sa conception des fins et des moyens ?

Les réussites qu’il revendique les attribue-t-il à ses propres mérites ou admet-il aussi avoir bénéficié d’une conjoncture favorable ? A l’inverse quand il a échoué ou renoncé en imputent-il systématiquement la responsabilité à des circonstances extérieures défavorables ?

S’il dénonce l’immobilisme des quarante dernières années, la déliquescence de l’Etat et la décrédibilisation de la classe politique que dit-il du rôle qu’il a joué pendant cette période ? Fournit-il des raisons de croire qu’il a changé depuis et qu’il ferai cette dois-ci  ce qu’il n’avait pas fait précédemment ?

S’il a fait hier des promesses qu’il n’avait pas les moyens de tenir, existe-il aujourd’hui des raisons concrètes – c’est-à-dire vérifiables – de penser que désormais il aurait les moyens et la volonté d’appliquer les mesures qu’il préconise ?

Ces mesures sont elles cohérentes ou contradictoires avec celles qu’ils préconisaient précédemment ? Incrimine-t-il le manque d’expérience de ses adversaires politiques pour contester la légitimité de leur candidature ?

5/ Quels sont ses soutiens ?

La question est d’une simplicité biblique : quels sont les groupes intérêts qui le soutiennent et qui, s’il est élu, exigeront un ou des renvois d’ascenseur ?

Il peut s’agir de son propre parti et des partis coalisés avec lui pour le faire gagner qui, en cas de victoire, réclameront leur dû sous forme de maroquins ministériels et/ou d’infléchissements politiques et idéologiques.

Il peut s’agir du soutien financier et médiatique de grands groupes qui considéreront leur soutien, discret mais d’autant plus efficace, comme un investissement et dont ils attendront naturellement un retour sur investissement.

Il peut s’agir de clientèles qui monnayent leur soutien électoral en l’échange du maintien d’équilibres fiscaux qui les exonèrent de charges communes ou qui leur garantit des privilèges que rien ne justifie au regard du bien commun.

Il peut s’agir de puissances étrangères qui financent le parti, les campagnes voire le train de vie du candidat – c’est parfois la triste réalité – et qui en fait dans une certaine mesure ce que la rhétorique communiste appelait “un agent stipendié de l’étranger”. Cela détermine les choix diplomatiques et géostratégiques mais aussi les choix de politique intérieure. Ces choix sont souvent davantage des choix implicites – donc non soumis au débat public et au vote – que des choix explicites.

Cette dernière question est très importante car elle explique en partie que certaines décisions traversent les clivages politiques apparents au mépris des choix exprimés par les électeurs dont les élus ne sont pourtant que les mandants..

Le poids des lobbies, les intérêts catégoriels et les acteurs non-officiels font de nos candidats des victimes consentantes de groupes de pression qu’il faut avoir préalablement identifier pour pouvoir évaluer la marge de manœuvre qui sera la leur en cas de victoire électorale.

Car si, même en les créditant d’une totale bonne foi et de la meilleure volonté du monde, ils n’ont pas les moyens de viser le bien commun au nom duquel ils sollicitent nos voix alors mieux vaut voter blanc et exprimer ainsi un désaveu qui est le dernier argument auquel ils restent sensibles.

Comme l’écrivait Bossuet : « Dieu se rit des créatures qui déplorent les effets dont elles chérissent les causes. »

A tous ceux qui accusent le pape François de cécité volontaire

À tous ceux qui s’offusquent que le pape François refuse de revêtir l’armure d’un chef de guerre pour répondre aux provocations de Daesh qui lui déclare « Nous faisons une guerre de religion et nous vous haïssons » je souhaite rappeler que leurs reproches sont exactement ceux que les Juifs pieux de son époque avaient fait à Jésus Christ quand il leur a dit que son royaume n’était pas de ce monde et qu’il ne serait pas le messie politique qu’ils attendaient. Au nom de quoi pourrait-on reprocher au Vicaire du Christ sur terre de prendre exemple sur le Christ ?

À tous ceux qui croient (sincèrement ?) que le pape François cherche à favoriser la progression de l’islam et délaisser les chrétiens d’Orient (si, si je l’ai déjà lu !) je souhaite rappeler qu’il est le premier pape qui ait dit que la guerre pour protéger les chrétiens d’Orient relevait de la guerre juste.

À tous ceux qui veulent croire que le pape François serait aveuglé par une idéologie de bisounours et qu’il pratique la politique de l’autruche je souhaite rappeler que, s’il refuse, de coller l’étiquette islamique (ou musulmane suivant les traductions) à la violence de Daesh c’est pour éviter d’attribuer cette violence à l’ensemble des musulmans, ce qui est l’objectif même de Daesh. En parlant comme il le fait le pape François refuse précisément d’accorder à Daesh ce qu’il veut et donc de faire son jeu. C’est lui qui est lucide et non ses détracteurs au sein de l’Eglise.

À tous ceux qui veulent croire qu’en refusant d’employer l’expression “violence musulmane” au même titre que l’expression “violence catholique” il conteste que la violence et les pulsions meurtrières proscrites par l’Evangile sont prescrites par le Coran je souhaite rappeler que le pape François n’a fait que rappeler que le mal tire ses racines du cœur de l’homme, musulman ou chrétien.

La tentation c’est de croire que la ligne de partage entre le bien et le mal passe par les clivages religieux alors qu’elle passe par le cœur de chacun. C’est induire en erreur et jouer la politique du pire que d’assimiler la violence à l’ensemble des musulmans : d’abord parce que tous les musulmans ne règlent pas leur vie d’après le Coran (et heureusement) et ensuite parce que cela détourne notre attention des violences ponctuelles et structurelles que des chrétiens (nous) ou des post-chrétiens peuvent commettre au sein de nos sociétés occidentales et sous couvert de démocratie.

A tous ceux qui s’offusquent que le pape François ait créé un  dicastère pour le service du développement humain intégral et qu’il ait annoncé qu’il suivrait personnellement la question des migrants j’aimerais rappeler que les questions migratoires sont des questions mondiales et ne concernent pas plus l’Europe que d’autres continents.

Les migrations internes à l’Afrique sont plus importantes que celles de l’Afrique vers l’Europe, les migrations vers et à l’intérieur du continent américain également. Sans compter les migrations massives des plus pauvres vers les pays du Golfe (Pakistanais, Philippins, Indiens, Palestiniens etc.) et surtout les migrations au sein du continent asiatique.

J’aimerais également rappeler que le pape François, comme son prédécesseur Benoît XVI, ne cherche pas à promouvoir les migrations mais se préoccupe du sort des migrants , ce qui est radicalement différent. Les migrants sont, par définition en position de fragilité et premières victimes de toutes les exploitations (mafias, passeurs, exploiteurs etc.). A partir du moment où l’on prétend défendre les plus fragiles (enfants à naître, handicapés, personnes âgées) au nom de la dignité humaine il serait incohérent de ne pas se préoccuper du sort des victimes des guerres ou de l’exploitation de l’homme par l’homme. Pas si l’on pense que tout homme est une histoire sacrée parce qu’il est à l’image de Dieu. Pas du point de vue chrétien.

A tous ceux qui accusent le pape François de vouloir noyer l’Europe sous des masses migratoires et parachever son déclin je voudrais rappeler que le pape François n’a ni le mandat, ni le moyen de se substituer aux Etats-nations défaillants qui ont renoncé à veiller au bien de leurs peuples en renonçant à exercer leurs prérogatives régaliennes.

Je me permets donc de les inciter fortement à voter aux prochaines élections pour le parti souverainiste le plus susceptible de l’emporter et de foutre la paix à ce pape argentin qui n’est pour rien dans la trahison de nos élites et la décadence programmée depuis plus de 40 ans de notre société.

A tous ceux qui accusent le pape François de cécité volontaire, je souhaite les inviter à lire ce que le pape à réellement dit et non pas à lui attribuer la responsabilité de propos qu’il n’a jamais tenus et qui ne sont que les projections de leurs propres peurs et de leurs propres angoisses.

A tous ceux qui sincèrement ne comprennent pas certains propos et certaines prises de position du pape, je souhaite suggérer qu’il serait peut-être plus charitable et surtout plus prudent de lui faire le crédit d’être à la fois mieux formé et mieux informé qu’eux et de supposer qu’il sait ce qu’il fait quand bien même eux ne le comprennent pas.

Cela suppose au minimum de lui accorder la présomption d’innocence ce qui pour un catholique – c’est-à-dire quelqu’un qui croit que le pape bénéficie d’une assistance spéciale de l’Esprit saint (y compris en-dehors des cas très rares où joue l’infaillibilité pontificale) – est quand même le minimum syndical.

Mais cela suppose également d’aller plus loin en adoptant dans notre cœur le parti pris de la bienveillance c’est-à-dire de l’amour du prochain. Ce qui, pour un chrétien, est le minimum syndical.

Car si l’on veut vraiment comprendre quelqu’un, il faut commencer par l’aimer.

Le Coran, les musulmans et nous

Pour renvoyer dos-à-dos le christianisme et l’islam, ceux qui n’ont plus que la mauvaise foi en guise de foi, font remarquer que les guerres de religion et les croisades des chrétiens valent bien la guerre sainte et les attentats islamistes des musulmans. Fermez le ban !

Ils se contentent alors de décrier LES religions qui empièteraient sur l’espace publique et menaceraient la liberté des incroyants et des athées au lieu de décrire LA religion au sein de laquelle on trouve des gens qui menacent effectivement la liberté des autres : l’islam.

La première façon de répondre à ces arguments hystériques c’est d’opposer des arguments historiques : les guerres de religion en Europe étaient mues par des causes politiques qui prenaient prétexte de divergences théologiques contrairement aux jihadistes actuels qui pour des raisons théologiques veulent détruire les réalités politiques qui ne leur conviennent pas (Etats laïcs).

Les croisades sont des réponses ponctuelles à l’occupation de Jérusalem par les musulmans et l’interdiction faite aux chrétiens de s’y rendre en pèlerinage. Le but des différentes expéditions était de libérer Jérusalem, pas de convertir les musulmans par la force.

Mais la meilleure façon de répondre à ces arguments c’est de faire un petit rappel théologique.

Certes les chrétiens ne se comportent pas nécessairement bien et utilisent parfois les mêmes procédés que ceux qu’ils reprochent aux musulmans mais quand ils adoptent de tels comportements, ce sont des comportements que l’Evangile proscrit mais que le Coran prescrit. Toute la différence est là !

1/ Le Coran est le cœur du problème

Comme dit Gaspard Proust, un chrétien intégriste qui applique le Nouveau Testament à la lettre, c’est un mec qui se met à embrasser tout le monde dans la rue ! On peut reprocher aux intégristes chrétiens de ne pas aimer assez leur prochain mais dans ce cas on leur reproche de ne pas être assez chrétiens.

A l’inverse un musulman qui cherche à être cohérent avec le Coran est celui qui ne renonce au jihad que temporairement et pour des raisons tactiques.

Un musulman qui cherche à être cohérent avec le Coran ne tolère les juifs et les chrétiens qu’en tant que citoyens de seconde classe (dhimmis).

Un musulmans cohérent avec le Coran cherche à convertir les autres  sous la menace de leur ôter la vie.

Un musulmans conforme au Coran punit de mort ceux qui quittent l’islam.

Un musulman selon le Coran conteste aux femmes (c’est-à-dire à plus de la moitié de l’humanité !) les droits qui découlent de leur dignité intrinsèque.

Un musulman qui veut vivre conformément au Coran cherche à imposer la charia dans l’espace public.

Les musulmans que nous considérons comme modérés, il les considère comme modérément musulmans.

Les musulmans que nous considérons comme ouverts et tolérants, il les considère lui comme des traîtres et des apostats.

Les musulmans que nous considérons comme bons, il considère que ce ne sont pas de bons musulmans.

C’est d’ailleurs la masse des musulmans indécis qui est l’enjeu de la stratégie de Daesh : il veut cliver l’ensemble des musulmans contre l’ensemble des non-musulmans et spécifiquement des juifs et des chrétiens. Il veut obliger tous les musulmans à choisir leur camp.

C’est pour cela que le pape François fait tout ce qu’il peut pour ne pas entrer dans son jeu et qu’il refuse de se positionner contre le monde musulman. Nulle naïveté chez lui. Il est mieux informé de la réalité du monde musulman et de la situation des chrétiens d’Orient que tous ses détracteurs qui, contrairement à lui, ne disposent pas du réseau de renseignement incomparable que constituent la structure de l’Eglise catholique et les services du Vatican. Simplement on ne donne pas à satisfaction à son adversaire en lui accordant l’effet qu’il cherche à obtenir.

Car si Daesh cherche à enrôler l’ensemble des musulmans derrière sa bannière c’est précisément parce que tous les musulmans ne règlent pas spontanément leur vie sur les prescriptions du Coran. Ou qu’ils en prennent et qu’ils en laissent. Les partisans de Daesh, les salafistes, les Frères musulmans et les barbus de tout poil veulent substituer à ce Coran alternatif un Coran authentique et intègre.

La seule chose qui soit rassurante c’est que, alors que les chrétiens ne sont jamais vraiment à la hauteur des exigences de l’Evangile, il existe des musulmans qui valent mieux que le Coran.

2/ Les musulmans sont nos frères et nous avons le devoir de leur annoncer la Bonne nouvelle

C’est donc à eux que nous, chrétiens, sommes tenus d’annoncer cette  bonne et étonnante nouvelle : Dieu nous aime et nous l’a prouvé !

C’est à nous chrétiens de le faire parce que personne ne le fera à notre place.

C’est à nous chrétiens de le faire sans attendre d’avoir le feu vert de l’épiscopat qui aurait dû en faire une de ses priorités explicites depuis le début des années 1980 et qui ne le fait toujours pas : après tout l’Eglise c’est d’abord l’ensemble des baptisés et pas d’abord une structure hiérarchique par moment plus démissionnaire que missionnaire…

C’est à nous chrétiens de nous adresser en priorité aux musulmans que nous croisons (collègues de travail), que nous fréquentons (amis) ou que nous ne connaissons pas encore (forums sur Internet) pour leur annoncer que Dieu est bien plus merveilleux que l’idée même qu’ils s’en faisaient.

Que si le Coran est le cœur d’une religion créée par l’homme pour l’homme – d’où le traitement qu’il réserve à la femme – l’Evangile est le recueil de quatre témoins distincts qui rendent compte d’un événement inouï (et non pas d’une théorie), d’une preuve d’amour tellement inouïe qu’elle ne pouvait venir que de Dieu.

Qu’Il est amour et non pas soumission (islam en arabe).

Qu’Il a renoncé à Sa seigneurie suprême pour faire le premier pas vers nous et nous sauver non seulement collectivement mais individuellement.

Qu’Il nous a aimés jusqu’à souffrir pour nous et par nous.

Qu’Il nous a prouvé que c’était bien Lui (et non un remplaçant de dernière minute) en ressuscitant.

Que c’est Lui qui aime chacun d’entre nous individuellement alors même qu’aucun d’entre nous n’est très aimable.

Qu’Il veut nous sauver alors que nous ne le et ne Le méritons pas.

Qu’Il est tout-puissant mais que, contrairement à l’homme, il manifeste d’abord sa puissance dans l’amour et non dans la domination.

Que c’est Lui qui accorde à l’homme et à la femme une dignité égale parce qu’elle découle de leur même nature.

Qu’Il respecte notre conscience parce qu’Il attend de nous un acquiescement libre et éclairé et non concédé dans la peur du châtiment.

Qu’Il dépasse complètement notre entendement mais qu’Il se laisse approcher par notre raison.

Qu’Il veut notre bien et non le respect formel d’une loi.

Qu’Il veut que nous l’accueillions de tout notre cœur et non que nous le confessions du bout des lèvres.

Qu’Il nous aime même si nous ne le connaissons pas encore.

Qu’Il il nous aimera jusqu’au bout, même si nous refusons de Le reconnaître pour l’instant.

Qu’Il il nous aimera jusqu’au bout, jusqu’au moment où nous prendrons la décision ultime, ici ou au-delà, de consentir à Son amour ou de le rejeter pour toujours.

Qu’Il nous aime infiniment et que Sa volonté c’est que nous apprenions à L’ aimer et à nous aimer.

Qu’Il nous veut libres, conscients et heureux pour que nous choisissions de vivre l’éternité à Ses côtés.

Confesser les fautes du passé ?

“C’est marrant, t’es catho et pourtant t’es sympa !”. Cette phrase, prononcée avec candeur, m’a déjà transpercé le cœur à plusieurs reprises alors que, au détour d’une conversation du lundi matin sur l’activité du week-end, je mentionnais à mes interlocuteurs que j’étais allé à la messe dominicale.

Cette remarque m’a révélé l’image que la plupart de nos contemporains ont des catholiques – c’est-à-dire de l’Eglise – et par extension la méfiance qu’ils nourrissent envers tout ce qu’elle est susceptible de dire.

C’est l’une des raisons pour laquelle les catholiques ont beaucoup plus de mal à témoigner de Jésus Christ que nos frères évangéliques. Ils n’ont pas à porter le fardeau du passé. Du moins en France où l’alliance du sabre et du goupillon n’est toujours pas passée dans l’inconscient collectif. Aux Etats-Unis où l’Eglise catholique a toujours été du côté des pauvres et des immigrants son image est bien meilleure et ce sont les pentecôtistes anglo-saxons qui incarnent la religion officielle et aliénante. On paye toujours pour les fautes des autres générations.

1/ Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées

Indépendamment des faiblesses que l’on peut reprocher aux fidèles catholiques eux-mêmes, comme le manque de formation théologique et scripturaire ou même la trop faible vie de prière et d’intimité personnelle avec le Christ, le fait est que qu’il leur est très difficile de témoigner car ils portent sur leurs épaules le poids d’un passé qui ne passe pas et dont ils ne sont pas responsables.

Nous avons tous fait l’expérience de situations où ce que nous voulions dire – notre foi en Jésus et notre joie d’être aimés et sauvés par lui – n’a même pas pu ne serait-ce qu’être entendu par nos interlocuteurs qui se sont précipités dans des réquisitoires plus ou moins enflammés et plus ou moins bien informés sur des épisodes de l’Eglise antérieurs à notre naissance (l’inquisition, les croisades, les guerres de religion…) ou indépendants de notre responsabilité (les prêtres pédophiles, les évêques qui les couvraient, la corruption au sein de la Curie, les liens entre la banque du Vatican et les mafias etc.).

Nous n’y étions pour rien et, en une fraction de secondes, nous nous sommes retrouvés dans le box des accusés. Nous étions sommés de nous justifier et de rendre des comptes sur des comportements passés qui n’étaient pas les nôtres et que nous désapprouvions. Notre présomption d’innocence était pulvérisée et nous devions porter la charge de la preuve.

Le sentiment d’injustice (“nous n’y sommes pour rien !”) et l’exaspération du “deux poids deux mesures” (jamais nos interlocuteurs ne se comporteraient ainsi vis-à-vis de musulmans) poussent parfois certains à vouloir justifier ce qui leur est injustement reproché et à désavouer ouvertement les manifestations officielles de repentance des papes successifs : de Jean-Paul II faisant officiellement repentance au seuil de l’an 2000 pour les fautes commises et/ou couvertes par l’Eglise pendant les siècles passés au pape François invitant les catholiques à l’examen de conscience sur leur attitude vis-à-vis des personnes homosexuelles et la nécessité de leur demander pardon quand ils les ont offensées.

“Marre de la repentance tous azimut” s’écrient certains. “La priorité n’est pas de battre sa coulpe et à l’heure où l’islam gonfle ses muscles et où les chrétiens d’Orient sont exterminés” disent d’autres.
Ces réactions sont parfaitement compréhensibles d’un point de vue humain mais, malheureusement, parfaitement inacceptables du point de vue du Christ tel qu’il nous est dévoilé dans les évangiles. Autrement dit c’est inacceptable d’un point de vue chrétien.

D’abord parce que le Christ lui-même ne nous laisse pas le choix : “Si donc, au moment de présenter ton offrande devant l’autel, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis tu reviendras présenter ton offrande” (Matthieu 5, 23-24).

Ensuite parce que le Christ nous a explicitement annoncé qu’il nous envoyait comme des agneaux au milieu des loups (Luc 10, 3).

Sans compter que cela reviendrait à donner raison à ceux qui pensent que les catholiques français n’ont pas changé depuis l’affaire Dreyfus et qu’ils préfèrent toujours une injustice à un désordre. Ou encore à affirmer avec Nicolas de Chamfort que la France est le pays où on laissait en paix les incendaires et où l’on poursuit ceux qui sonnent le tocsin. Contre-témoignage garanti.

2/ On paye pour les fautes d’autrui mais c’est d’abord l’annonce du Christ en pâtit

Il n’en reste pas moins vrai que le poids écrasant de l’histoire pèse sur l’épaule des catholiques d’aujourd’hui et limite grandement leurs possibilités de témoigner de leur foi.

C’est une réalité qui est décrite en termes imagés par un proverbe hébreu passé dans le vocabulaire courant (quoique de moins en moins courant en raison de l’illettrisme croissant de la société française mais ceci est un autre débat…) : “Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées” (Ezéchiel 18,2). En d’autres termes nous payons toujours pour les fautes des générations précédentes.

Pour d’évidentes raisons d’ordre chronologique nous ne sommes coupables ni de l’inquisition, ni des croisades, ni des guerres de religion et pourtant c’est souvent de cela que nous sommes sommés de nous justifier dès que nos interlocuteurs apprennent que nous sommes catholiques.

La tentation est grande de se braquer et de refuser de demander pardon. Demander pardon pour ses propres péchés est déjà une démarche éprouvante – nous l’expérimentons à chaque fois que nous nous confessons – mais alors demander pardon pour des péchés qui ne sont pas les nôtres !

Pourtant il est impératif que nous confessions ces péchés qui ne sont pas les nôtres pour assurer et rassurer nos interlocuteurs : oui ce sont bien des péchés et nous nous en désolidarisons au nom de notre conscience et, plus encore, en raison de notre attachement à Jésus Christ.

Les chrétiens sont en effet tenus d’annoncer un Dieu qui a accepté de payer de sa vie pour les péchés d’autrui. Jésus Christ, l’amour incarné conçu sans péché, n’a commis lui-même aucun péché et a racheté à Satan l’humanité qu’il retenait prisonnier en se laissant traiter comme le pire des pécheurs. Il l’a payé de sa personne au sens propre du terme. Il n’était pas tenu de souffrir pour nous sauver des conséquences de nos péchés.

“Il était méprisé, et nous n’avons fait aucun cas de sa valeur. Pourtant, en vérité, c’est de nos maladies qu’il s’est chargé, et ce sont nos souffrances qu’il a prises sur lui, alors que nous pensions que Dieu l’avait puni, frappé et humilié. Mais c’est pour nos péchés qu’il a été percé, c’est pour nos fautes qu’il a été brisé” (Esaïe 53, 3-5).

Les péchés d’hier ont été commis par nos pères et nous en payons le prix aujourd’hui mais c’est d’abord et surtout l’annonce du Christ qui en pâtit.
Si, en plus de cela, nous nous mettons au premier plan – soit comme avocat de nos pères, soit comme victimes injustes de reproches anachroniques – nous nous interposons nous mêmes entre le Christ et ceux auxquels nous prétendons l’annoncer.

Nous leur parlons de nous ou de nos aînés mais pas ou plus de celui qui est venu les sauver. Ce genre d’attitudes détourne nos interlocuteurs de l’essentiel : la mort et le résurrection de Jésus Christ. La bonne nouvelle c’est qu’“Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier” (1 Jean 2,2).

C’est pour cette raison que la pire réaction consiste à expliquer que les épisodes sombres de l’histoir des chrétiens sont “plus compliqués que ça” et qu’il faut les “replacer dans leur contexte historique” et ne pas les juger “avec notre mentalité d’aujourd’hui”.

Pourquoi ? Parce qu’à partir du moment où l’on chercher à atténuer l’horreur de la saint Barthélémy et de la responsabilité morale de ceux qui s’y sont livrés alors il n’y a plus aucune raison que nos interlocuteurs admettent l’horreur du massacre des innocents et encore moins l’ignominie de la mort sur la croix de l’Innocent par excellence. A ce compte là l’attitude Ponce Pilate était compréhensible au vu du contexte politique “très délicat”. Non ?

Mais le pire serait de refuser de demander pardon pour les fautes de nos aînés au nom d’une solidarité de groupe ecclésiale qui ne serait ordonnée ni à la vérité ni à la charité. Ce serait la quintessence du cléricalisme. Le message que l’on envoie inévitablement dans ces cas là c’est : “faites ce que je dis, pas ce que je fais” et ça ruine toute crédibilité. Or, la force du témoignage dépend très directement de la crédibilité des témoins.

3/ Triomphalisme hier, pharisaïsme aujourd’hui ?

Sans compter que nous serions bien avisés dès aujourd’hui de montrer l’exemple à nos descendants en demandant pardon pour les péchés de nos pères afin de montrer l’exemple à nos fils quand, demain, ils seront soméms de demander pardon pour les péchés que nous aurons commis c’est-à-dire…ceux que nous sommes en train de commettre actuellement.

Certes notre tendance n’est pas ou n’est plus au triomphalisme et à l’intolérance. Mais notre tentation actuelle ne serait-elle pas plutôt le pharisaïsme ? La tentation de vouloir mutiler l’évangile pour le tailler à notre mesure et éviter d’écouter ces appela à la conversion qui impliqueraient de remettre en question notre civilisation et nos choix de vie ?

Je pense notamment à la tendance, dans certains catégories socio-professionnelles appelées supérieures par les sociologues (les fameuses CSP+) à réduire les exigences de l’évangile à des questions de morale privée (refus de l’avortement, du mariage homosexuel, de la PMA-GPA) pour mieux occulter les questions de morale sociale.

En d’autres termes on défilera contre la loi Taubira au nom de la défense de la famille mais pas contre les lois qui organisent l’exploitation économique des salariés et détruisent la possibilité même d’une vie de famille (loi sur le travail du dimanche ou loi El Khomry).

Dans certaines familles catholiques, la tentation est permanente d’insister exclusivement sur les questions qui ne remettent pas en cause l’ordre économique et sociale dont leurs membres sont les premiers bénéficiaires…et les bénéficiaires de plus en plus exclusifs.

Par exemple quand, lors des réunions de famille, oncle Hubert qui travaille chez Total explique sur un ton mesuré que l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie à l’occidentale et que les dictateurs avec lesquels il fait des affaires sur place sont injustement vilipendés par une presse française qu’aveugle le politiquement correct.

De même quand le cousin Xavier qui achète et vend des dettes à Londres – il travaille dans la finance – explique avec enthousiasme que l’Angleterre a su renouer avec la croissance contrairement à la France et à ses rigidités archaïques (protection sociale, système de retraite, santé publique…) : qui viendrait lui opposer les mises en garde de Jésus sur l’amour de l’argent et la doctrine sociale de l’Eglise ?

Et quelle brute au cœur de pierre pourrait opposer quoi que ce soit à la grande sœur Ségolène, DRH chez Saint Frusquin – fleuron du luxe à la française – qui raconte toujours avec beaucoup d’émotion ses nuits blanches quand, le lendemain, elle doit annoncer leur licenciement à des salariés pour que l’entreprise reste compétitive face à la concurrence internationale et continue à faire des bénéfices ?

4/ Confesser les péchés des chrétiens pour révéler la sainteté de Dieu

Le principal obstacle à l’annonce du Christ c’est, aujourd’hui comme hier, notre propre péché et la forme qu’il prend aujourd’hui c’est moins la violence et l’intolérance de nos pères que l’ hypocrisie satisfaite de leurs fils.

Nous disons croire en Dieu mais au fond nous refusons de croire ce que Dieu nous dit et c’est pour cela que nous refusons de faire Sa volonté. Quand nous invoquons Sa volonté à Lui c’est, en fait, pour exalter la nôtre. Inévitablement on en vient à faire et à cautionner des choix existentiels et politiques qui sont radicalement incompatibles avec la volonté de Dieu telle qu’elle nous est dévoilée par le Christ dans l’Evangile. On remplace le culte que l’on doit à Dieu par le culte de la croissance. Pourtant la conversion du cœur n’est pas une option mais la voie étroite mais unique qui nous mène à Dieu et nous permet de réaliser notre vocation d’homme…

L’adhésion au Christ est toujours un choix personnel qui implique d’être prêt à accepter d’entrer dans une logique spirituelle qui n’est pas la nôtre et qui entraîne une métamorphose de notre être (sanctification). Comme tous les choix cela suppose de renoncer à un certains nombres de désirs et d’aspirations qui sont des aspirations mondaines.

Dieu prend ce qu’il y a de plus petit pour révéler sa puissance. Dieu fait tout pour nous mais rien sans nous. Il nous demande de l’aimer et d’aimer notre prochain, il nous demande de nous préoccuper d’abord du royaume de Dieu et de sa justice et nous promet que tout le reste nous sera donné de surcroît.

La seule question qui nous concerne est la suivante : allons-nous décider de le croire – et donc de le suivre – ou pas ? Ce n’est pas d’abord une question théorique ni même théologique mais un choix personnel et existentiel. Toute tentative pour esquiver ce choix est inspirée par le prince de ce monde.

A défaut de faire toujours le bon choix – nous tombons souvent et nous sommes appelés à nous relever tout le temps – il nous incombe de ne pas contrefaire la nature de ce choix. “Car celui qui est préoccupé de sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, la retrouvera” (Matthieu 16, 25).

Le Christ désarme complètement ceux qui prétendent le suivre. Ils doivent annoncer la paix et suivre un Dieu qui prend à rebrousse-poils leurs évidences et, parfois, leurs intérêts catégoriels immédiats. Le Dieu que nous annonçons et dans lequel nous avons mis notre espoir est un Dieu tellement bon qu’il a accepté de payer pour nos péchés et c’est lui que nous sommes invités à suivre.

Bien sûr notre fidélité au Christ est toujours partielle et n’est jamais acquise. La conversion de notre cœur est à la fois une activité à plein temps et une activité de chaque instant puisque nous sommes soumis en permanence à la force d’attraction terrestre du Prince de ce monde et que la lutte pour s’arracher définitivement à son orbite ne prendra fin qu’à la dernière seconde de notre dernière heure. Quand on cherche à convertir au Christ son cœur, sa volonté et son esprit, on découvre ce qu’est le mouvement perpétuel.

Mais pour en témoigner encore faut-il l’admettre et en tenir compte concrètement. Cela suppose, entre autre choses, de confesser les péchés des chrétiens pour révéler la sainteté de Dieu et ainsi dégager l’horizon de ceux auxquels nous nous adressons.

Emprunter la voie romaine